Le Village gai de Montréal existe depuis plus de 30 ans, mais il n’est pas la seule manifestation de la présence des minorités sexuelles dans la ville. Ici comme ailleurs dans le monde, l’émergence du mouvement de libération des homosexuels a permis aux gais et lesbiennes de prendre leur place dans la cité.

Ce mouvement, enclenché dans les années 60 aux États-Unis, a transcendé les frontières, balayant l’Amérique du Nord, l’Australie et l’Europe en quelques années, pour s’étendre aujourd’hui à l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique du Sud. Cette vague a créé une forme de solidarité internationale des communautés gaies et lesbiennes, qui s’est traduit entre autre par les célébrations de la Fierté, en souvenir de la résistance des clients d’un bar gai de New York, suite à une descente policière abusive, le 28 juin 1969…

Elle s’est aussi traduit par un sentiment d’appartenance qui n’a pas de frontière. Ainsi, les gais qui visitent New York passent généralement devant le Stonewall Inn, le bar où tout a commencé. En plus de commémorer l’histoire des communautés locales, les rues, les places et les monuments qui commémorent l’histoire des lesbiennes, des gais, des bis et des trans, ont une résonance internationale.

Je vous propose de découvrir comment ces histoires s’inscrivent durablement dans les villes, à travers l’exemple de lieux qui racontent l’évolution des mouvements LGBT.

Commémorer les victimes de violence

À la fin de la deuxième guerre mondiale, le monde apprenait l’ampleur des destructions nazies. En plus d’avoir tenté d’exterminer les juifs, ce régime a été particulièrement dur avec les gais. Lorsque les premiers efforts de commémoration de l’histoire des gais et lesbiennes se sont organisés, c’est cet épisode que les militants ont voulu faire reconnaître par les gouvernements.

C’est ainsi qu’est apparu l’Homomonument, un mémorial dans le centre d’Amsterdam, inauguré en septembre 1987. Reprenant le symbole utilisé par les nazis pour marquer les gais, le triangle rose, il commémore les hommes et femmes qui ont été victimes de persécutions en raison de leur homosexualité.

Depuis, de nombreux mémoriaux rappelant la persécution des gais pendant cette époque ont été érigés en Allemagne, en Europe et ailleurs dans le monde.

L’Ange de Francfort, dédié aux personnes homosexuelles persécutées durant la période nazie, puis durant les années 1950 et 1960.

 

Mémorial de l’holocauste des gais et lesbiennes de Sydney, en Australie

À la même époque, d’autres monuments sont apparus pour rappeler que les communautés LGBT étaient toujours victimes de violence. À San Francisco, par exemple, on choisit de dédier une place publique à Harvey Milk, en 1985, pour honorer la mémoire de cet élu ouvertement gai qui avait été assassiné quelques années plus tôt. Cette commémoration est importante dans l’histoire des mouvements gais puisque Harvey Milk a été l’un des premiers candidats ouvertement homosexuel à se faire élire dans le monde.

Plus récemment, en 2015, c’était au tour de la ville de St. Louis, au Missouri, de souligner des meurtres. De personnes transgenres cette fois, avec le Transgender Memorial Garden. La peur de la différence continue malheureusement de faire des ravages dans les communautés LGBT du monde entier…

Souligner les victimes du Sida

La fin des années 80 marque les communautés gaies avec l’épidémie du Sida. Un nouveau type de monument commémoratif apparaît, pour souligner le sort des victimes de la maladie. À Montréal, le Parc de l’Espoir a été officialisé en septembre 1994, après une longue bataille entre les activistes qui voulaient d’un tel lieu, et la Ville qui hésitait à accéder à leur demande.

Curieusement, l’Église aura été presque plus rapide que la Ville à exhausser le vœu des survivants… La Chapelle de l’espoir de l’église Saint-Pierre-Apôtre, unique au monde, est éclairée d’une flamme qui brûle, en permanence, depuis le 22 juillet 1996. 20 ans plus tard, aucune autre chapelle catholique de la planète n’est dédiée à la mémoire des victimes du Sida…

Bien que la maladie fasse moins parler d’elle depuis quelques années, des villes continuent de se doter de lieux de commémoration de ses victimes, comme New York l’a fait en 2017.

Enfin, une reconnaissance dans la Ville

Parce qu’il n’y a pas que des victimes dans l’histoire des communautés LGBT, il s’est aussi inauguré, depuis les années 90, bon nombre de monuments pour célébrer les avancées sociales des LGBT. Comme la sculpture Gay Liberation, à New York. Située devant les lieux de l’émeute du Stonewall Inn, la sculpture de George Segal rappelle, depuis 1992, qu’il a fallu la détermination inébranlable d’hommes et de femmes pour amorcer le mouvement de libération des gais et lesbiennes…

À Montréal, nous n’avons pas de statue pour le premier candidat ouvertement gai à s’être fait élire au Canada, Raymond Blain. Mais la mémoire de ce conseiller municipal, membre du comité exécutif de la ville de Montréal sous Jean Doré, est commémorée depuis 1994 par un parc, situé sur la rue Panet, entre les rues Lafontaine et Logan, en plein cœur du Village.

Parc Raymond-Blain Montréal gay gai

L’installation de colonnes aux couleurs du drapeau gai, à la station de métro Beaudry, en 1999, est nettement plus spectaculaire. Ce geste, audacieux pour l’époque, est toujours l’un des rares exemples d’utilisation de symboles des communautés LGBT sur des bâtiments publics. Il ne faut donc pas se surprendre de voir tant de touristes photographier l’édicule de la station…

Plus impressionnant encore est la désignation, par le président des États-Unis, Barack Obama, du Stonewall Inn comme monument national américain, en juin 2016! Ce 1er monument national américain LGBT comprend le bar où tout a commencé, le Christopher Park et sa sculpture Gay Liberation, et la portion de rue qui a été témoin de l’émeute du petit matin du 28 juin 1969, suite à la fameuse descente policière qui a tout changé.

Ces commémorations, symboliques et historiques, sont aujourd’hui suivies de nouvelles formes de commémoration des personnes LGBT. En effet, l’inauguration d’une nouvelle murale dans le métro de New York, qui montre des New Yorkais dans leur vie quotidienne dont un couple gai se tenant par la main, témoigne d’une acceptation grandissante de la normalité de l’amour gai… Parions que cette œuvre ne sera pas la dernière de ce type à apparaître dans nos villes.

Montréal compte d’ailleurs une murale qui pourrait être assimilée à ce nouveau mouvement. Mettant en scène deux lesbiennes, cette murale accompagne les passants qui empruntent l’avenue De Lorimier depuis 2015, près de la rue Masson, donc bien loin du Village.

Plus ancien, le monument de Bruxelles intitulé « Ma Mythologie Gay, un monument de tout le monde », est aussi une forme de banalisation des différences. Cette œuvre de 2007 affiche plusieurs centaines de noms de personnalités gais et lesbiennes, mais aussi d’anonymes, gais ou non. D’autres noms ont enfin été barrés, pour symboliser la peur de certains d’affirmer, encore aujourd’hui, leur homosexualité.

Ces commémorations sont souvent situées dans les quartiers gais, alors que les LGBT dorment, étudient, travaillent et s’amusent partout… Espérons que les projets hors des quartier gai se généralisent.

Initiatives de signalisation

Puisqu’un des pouvoirs des villes est la signalisation, il n’est peut-être pas étonnant que ce soit par ce côté qu’on puisse voir le plus efficacement leur degré d’ouverture. Ainsi, Chicago s’est doté d’une série de Colonnes commémoratives, The Legacy Walk, qui permettent à la fois d’identifier le quartier gai et l’héritage laissé par des gais et lesbiennes célèbres, dont Harvey Milk.

À Philadelphie, on a simplement ajouté les couleurs du drapeau gai aux plaques identifiant le nom des rues dans le quartier gai. Une autre signalisation permanente de l’espace.

Plusieurs villes ont plutôt opté pour une signalisation temporaire, comme à Washington, lors de la Fierté 2018… Les oriflammes des lampadaires du quartier gai ont étés ornées du drapeau arc-en-ciel, mais aussi du drapeau de la fierté transgenre, encore peu connu.

D’autres villes choisissent plutôt le marquage comme mode d’intervention…

Les passages piétons deviennent souvent multicolores lors des célébrations de la Fierté, comme à Montréal…

…Alors que dans Castro, à San Francisco, ils ne semblent jamais perdre leurs couleurs.

San Francisco ne s’arrête pas là, ayant ajouté des plaques commémoratives dans les trottoirs de la rue principale de son quartier gai. Comme dans bien d’autres villes, on y trouve des gais, lesbiennes et bis célèbres de toutes origines. Un autre témoignage que l’histoire des communautés LGBT transcende les frontières.

Enfin, quelques villes osent identifier leur quartier gai sur leurs cartes officielles, comme ici, où le Village est inscrit sur les cartes de Tourisme Montréal, de la STM et de la Ville. Une autre façon, pour les communautés LGBT, d’inscrire durablement leur histoire dans leur ville.

Montréal, leader en la matière

On le voit, Montréal revient souvent dans ce texte. Ce n’est pas surprenant, puisqu’elle est une ville modèle d’acceptation des LGBT à l’échelle internationale. Depuis longtemps, ses attraits ont aussi été vantés pour attirer les touristes LGBT et des efforts ont été faits pour reconnaître l’histoire des communautés locales. Le Parc de l’espoir, la Chapelle, le Parc Raymond-Blain, la station Beaudry, la murale lesbienne, la signalisation et le marquage qui peuvent être vus à Montréal offrent une concentration étonnante de marques de la présence des communautés LGBT dans la ville.

bandeau boules roses

Il est toutefois difficile d’en mesurer la portée puisqu’aucun répertoire des lieux et monuments commémoratifs de ces communautés n’existe. Il faut donc être particulièrement patient pour collecter les informations permettant de découvrir ces petits points roses dans la ville. Sans jamais être sûr de tous les avoir trouvés, et sans pouvoir en comparer le nombre avec ceux d’autres villes du monde.

Il existe bien des guides touristiques LGBT, mais trop souvent, ils se bornent à identifier les bars et autres commerces qui cherchent à attirer cette clientèle. Un répertoire de toutes les initiatives de commémoration, de tous les monuments et de toutes les signalisations permanentes liées aux communautés LGBT pourrait être une bonne idée. Il est évident que Montréal y trônerait comme une destination incontournable, elle qui est déjà reconnue à l’international pour sa vie gaie festive et décomplexée.

Et nous avons la chance d’y vivre!

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