Publié par : cbernier | 11 mai 2017

Refaire les trottoirs

En ville, ils font tellement partie du décor qu’on ne les remarque même plus. Pourtant, ils sont essentiels à nos déplacements. Lorsqu’ils sont trop petits ou défoncés, on s’en préoccupe, alors qu’ils devraient faire l’objet de beaucoup plus d’attention…

L’idée d’un espace surélevé pour les piétons le long des rues est connue depuis l’Antiquité. En effet, les trottoirs de Pompéi, cette ville de l’Empire Romain ensevelie par les cendres d’un volcan il y a 2000 ans, en témoignent encore aujourd’hui.

C’est étonnant à quel point ils ont peu changés à travers le temps. Les trottoirs sont tout de même disparus pendant le Moyen-Âge, mais depuis 300 ans, aucune grande ville ne peut s’en passer.

À Montréal, la Place D’Youville témoigne de l’évolution des trottoirs d’ici depuis plus de cent ans. On peut y voir se croiser des reproductions de trottoirs de différentes époques, dans un aménagement de grande qualité. Développé par Claude Cormier, le projet en entier peut encore être vu sur le site web de son idéateur, alors qu’une partie a fait place au chantier pour l’agrandissement du musée Pointe-à-Callières. La section restante nous rappelle qu’à une certaine époque, les trottoirs de Montréal étaient fait en bois!

De plus en plus de villes font l’effort d’utiliser leurs trottoirs comme des outils d’animation et d’amélioration de la qualité de vie d’un quartier, et Montréal participe au mouvement. Les « bateaux », ces abaissements de trottoirs pour faciliter la vie des personnes à mobilité réduite, sont bien plus présents ici qu’ailleurs dans le monde. Les carrés d’arbres s’agrandissent, tout comme certains trottoirs, et on pense même construire des trottoirs chauffants sur la rue Sainte-Catherine Ouest. Ça reste somme toute des changements assez fonctionnels. Avec 6 675 kilomètres de trottoirs sur l’île, il y a de la place pour faire preuve de plus d’imagination…

Pour illustrer l’éventail des possibilités, je vous propose un tour d’horizon de plusieurs bonnes idées exploitées ici même à Montréal, mais aussi dans d’autres villes du monde.

Par les arts

Un des exemples d’amélioration des trottoirs dont on peut profiter à Montréal est celui de la rue de Castelnau Est. Chaque été, on y peint la chaussée en bleu, créant un espace des plus agréables à visiter. J’aime beaucoup cette réalisation, même si c’est d’une simplicité désarmante! Un peu de peinture et hop! on voit la petite rue commerciale d’un autre oeil…

Sur Saint-Laurent aussi on joue à peindre les trottoirs, cette fois lors du Festival MURAL. C’est ludique, mais trop temporaire pour véritablement marquer la vie du quartier, alors qu’il y a là une idée à explorer.

L’art de rue s’invite aussi parfois pour améliorer son environnement… À Bruxelles, j’ai croisé ce petit bout de trottoir, cimenté par un citoyen avec quelques bouts de porcelaines. Ce n’est pas très réussi, mais ça a l’avantage de montrer qu’avec un peu de créativité, on peut marquer notre ville positivement et durablement.

À Miami, dans le quartier financier, les traverses piétonnes ont été animées de motifs. Rien de bien compliqué, mais une petite touche sympathique tout de même, qui crée un bel effet. Avec tout le talent artistique des Montréalais, on pourrait sûrement créer des coins de rue surprenants, en s’inspirant de ces traverses.

Les prolongements de trottoirs sur les terrains privés sont plus souvent l’objet d’attention spéciale que les trottoirs eux-mêmes. Alors qu’il serait si agréable que toute la ville puisse profiter de tels aménagements… Ici, un sentier de l’Université d’Istanbul en Turquie, tout en couleur.

À Amsterdam, on aime ce qui est coquin! Au hasard d’une promenade lors d’un voyage, j’y ai croisé cette étonnante sculpture incrustée dans le pavé, où une main palpe un sein…

A Boston aussi on s’est amusé avec des incrustations au sol, dans une traverse piétonne cette fois. Ces reproductions de déchets alimentaires ont été installées sur une rue où se tient, chaque fin de semaine, un marché public.

J’aimerais bien voir des œuvres d’art ainsi inscrites dans nos trottoirs. Montréal a déjà été une ville où on pratiquait de ces incrustations dans le béton… Je me souviens d’avoir vu des feuilles d’érables en bronze dans certains trottoirs de Rosemont et ces affiches de « Accurso contractor » à différents endroits à Montréal… Elles sont durables, puisqu’elles affichent toutes des dates des années 50. Comme quoi on pourrait installer durablement des œuvres d’art dans nos trottoirs! 😉

Par la science

On pourrait aussi penser utiliser les trottoirs pour reconnecter les Montréalais avec la nature et les sciences, comme tente de le faire le projet Mundus, qui nous invite à porter le regard vers le ciel. 4 installations permettent en effet d’observer le soleil et les étoiles avec un regard neuf. Comme dans l’exemple ci-dessous où, devant l’entrée principale du 1981 McGill College on peut voir, à certaines dates indiquées au sol, la constellation du Cygne encadrée sur trois côtés par des tours à bureaux.

Plus symbolique et poétique, à Nantes en France, le projet des Belles de bitume vise à marquer le nom des herbes qui poussent à travers les craques des trottoirs, directement sur celui-ci, pour les sortir de l’anonymat et célébrer leur présence. Un cours de botanique en ville, pourquoi pas?

Ailleurs dans le monde, on fait de la science brute avec les trottoirs et on tente de récupérer l’énergie produite par les pas des passants pour fournir la ville en énergie. Je vous en parlais dans ce texte sur Les énergies et la ville. Mentionnons aussi les tests pour construire des routes en panneaux solaires, qui trouveront probablement aussi, un jour, leur place sur nos trottoirs.

Par la lumière

Pendant que certains rêvent de produire de la lumière avec les trottoirs, d’autres utilisent les trottoirs pour diffuser de la lumière. La Place des Jacobins, à Lyon en France, est constellée de petits point brillants jusqu’aux trottoirs qui l’entourent, ce qui en fait vraiment une belle place la nuit tombée. À défaut de bien voir les étoiles en ville, on nous propose un succédané…

Par des motifs

Pour donner du caractère à certains secteurs d’une ville, plusieurs municipalités de la planète utilisent des motifs inscrits dans les trottoirs. L’exemple le plus frappant que j’ai eu la chance de voir est celui de Barcelone. Plusieurs motifs y existent, dont ce premier qu’on doit au grand architecte Gaudi, dans les lieux très touristiques.

Le deuxième est banal, mais il ajoute tout de même un petit quelque chose aux rues où il est utilisé. À Montréal, quels seraient nos motifs? Et pour quels quartiers?

Il ne manque pas d’exemples de villes qui utilisent les pierres qui composent leurs trottoirs et leurs rues piétonnes pour y dessiner des motifs. Dans le sud de l’Espagne, en Algarve, plusieurs rues en profitent. Un premier exemple de la Ville de Faro :

Et un autre, encore plus impressionnant :

À Macao, en Asie, on a aussi choisi de bercer les passants par ces motifs au sol.

Même à Nice, en France, on a créé un bel effet visuel, le long de la Place Massena, en jouant sur les dalles au sol. Les sources d’inspiration sont nombreuses pour l’utilisation des motifs pour égayer nos trottoirs, rues piétonnes et places publiques…

Par de la signalisation

Lors de la reconstruction de la rue Saint-Laurent, en 2006, on a incrusté dans le trottoir la date de construction des édifices qui le bordent. Ces repères  historiques et symboliques marquent l’importance patrimoniale de l’artère, qui célébrait son 100e anniversaire en 2005. L’effet est intéressant et mériterait d’être mieux expliqué. Et une fois qu’on le sait, on ne peut s’empêcher de lever les yeux lorsqu’on voit une date très ancienne.

On connait tous le Walk of Fame de Hollywood, ces étoiles de célébrités incrustées dans le trottoir de Los Angeles, mais saviez-vous que Montréal a sa propre Promenade des Stars? L’initiative inscrite dans le trottoir qui borde l’édifice de TVA (à l’ouest) n’a toutefois pas du tout la même ampleur, puisqu’on n’y trouve que des récipiendaires pour les années 1995 et 1996. Mais qui sait, peut-être qu’un jour elle se prolongera pour aller rejoindre la nouvelle maison de Radio-Canada, qui devrait être construite plus au sud…

À Boston, une ligne rouge dans les trottoirs de la vieille ville permet aux touristes de suivre un circuit qui les mène aux principaux monuments de la ville. C’est la Freedom Trail. Une idée intéressante pour sa simplicité et son efficacité.

À Barcelone, on a plutôt choisi de placer dans les trottoirs une plaque pour identifier les commerces centenaires. Une pratique qui permet de faire connaître des boutiques qui, sinon, pourraient passer inaperçues. Et une façon d’encourager la survie de ces trop rares commerces qui perdurent dans le temps.

Bordeaux en France utilise la même technique, mais pour des plaques commémoratives.

Tandis qu’à Buenos Aires en Argentine, c’est le service d’information touristique qui a trouvé, par cette technique, une façon de suivre les visiteurs où qu’ils aillent… Comme quoi il existe plusieurs idées dans le monde qui pourraient être utilisées dans nos quartiers historiques et touristiques!

Par les aménagements

À Montréal, on transforme beaucoup de trottoirs en verdissant leurs abords, comme le fait Jardin de rue. Avouez que ça rend la promenade tellement plus agréable! Autant pour nous que pour les animaux (remarquez le chat qui se repose au milieu des plantes).

On conçoit aussi des chemins verts qui permettent de traverser la ville, séparés des voitures. Ces chemins de traverse deviennent alors plus que des trottoirs et se transforment en petits parcs linéaires, comme je vous en parlais dans ce texte. Ce sont toujours des aménagements appréciés de leurs riverains, alors pourquoi ne pas les multiplier? L’exemple ci-dessous est celui de la Promenade Luc-Larrivée, dans Hochelaga, où on a choisi de rappeler le passage du train à cet endroit, à une autre époque.

On change de plus en plus nos façons de faire les trottoirs à Montréal, comme en témoignent la Place des festivals ou la Place d’Armes.

À Cordoue en Espagne, on distingue à peine la différence entre les sections de trottoirs et la rue, dans cet aménagement qui entoure la Plaza Cristo de Gracia. La végétation et le mobilier urbain séparent les espaces subtilement, mais très efficacement.

À Grenade, toujours en Espagne, on vient de refaire une des rues principales de la ville en la dotant de trottoirs au même niveau que la rue, mais avec une bordure végétalisée qui se relève pour créer une frontière entre la rue et l’espace piéton. Les arrêts d’autobus y sont surélevés pour faciliter l’embarquement, mais sinon, il n’y a plus de bordure de trottoir.

Complètement différent, l’exemple de Waikiki à Hawaï, sépare physiquement le trottoir de certaines rues. Ça transforme radicalement l’expérience, donnant l’impression d’être sur un chemin vert plutôt qu’en bordure de rue. On y anime même l’espace avec des torches enflammées, qu’on peut voir à gauche de la photo!

Il y a un exemple sur notre propre île qui me fait penser à celui-là… À Montréal-Nord, on a reconstruit un bout de trottoir de la rue Pie-IX et celui qui longe la Place de l’Harmonie, sur le boulevard Rolland, avec un aménagement vaguement comparable. Le résultat est très intéressant.

La dizaine d’exemples Montréalais utilisés dans ce texte montrent bien qu’on est assez créatifs pour rendre nos trottoirs plus conviviaux et agréables à utiliser. La vingtaine d’exemples provenant d’autres villes du monde nous rappelle toutefois qu’il ne faut pas relâcher nos efforts. Avec 6 675 km de trottoirs, dont une infime partie est agrémentée par une initiative d’embellissement, nous avons encore beaucoup de place à l’amélioration pour que nos trottoirs soient utilisés à leur plein potentiel.

C’est toi ma Ville s’est associé au blogue Mes Quartiers pour créer une page Facebook dédiée aux amoureux de Montréal. Cliquez « j’aime » sur cette page et découvrez les textes proposés par nos deux blogues, en + d’un contenu original et exclusif!

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