Publié par : cbernier | 22 juillet 2015

Parc Jean-Drapeau vs île de Lokrum

DSCN6298 (2)La récente campagne publicitaire « À deux pas de chez vous » du Parc Jean-Drapeau est vraiment magnifique. L’avez-vous vu?

Même si certains pensent qu’elle aurait été fortement inspirée d’une autre campagne, elle m’a redonné le goût de visiter les îles, moi qui suis plutôt critique à leur égard… J’aurai même été prêt à publier cette publicité comme bandeau temporaire sur ma page Facebook personnelle, si elle avait été disponible dans un format exploitable pour les médias sociaux. (Ajout: je ne l’avais pas trouvé sur leur site, mais le Parc Jean-Drapeau m’a transmis l’image de la publicité qui est disponible sur Facebook, merci!)

Je suis toutefois retourné au Parc, qui s’est malheureusement détérioré depuis ma dernière visite. L’accent mis sur les événements (Piknic électronik, Week-ends du monde, etc.) est une réussite, mais semble avoir pris le pas sur l’entretien des espaces naturels, qui autrefois étaient la force de ce parc. Aujourd’hui, la végétation redevient sauvage, et les nombreux chantiers sur les îles laissaient perplexes les touristes que j’y ai croisés. Ils avaient vraiment l’air de se demander pourquoi leur guide touristique les amenait là… Les attraits des îles n’ont pas bougés, mais le chemin de l’un vers l’autre s’est dégradé, nuisant à la visite.

La campagne « À deux pas de chez vous » et ma visite m’ont remémoré l’île de Lokrum, située en face de Dubrovnik (en Croatie), qui a vraiment marqué mon voyage dans ce pays, l’an dernier. Comme notre « Parc des îles », l’île de Lokrum est située en face de sa ville et lui sert de lieu de loisirs. Elle n’a pas l’ampleur de notre parc, mais elle était nettement plus plaisante à visiter, et aussi, plus marquante. Pourquoi? Amusons-nous au jeu des comparaisons.

L’île de Lokrum n’est accessible qu’en bateau. Notre parc Jean-Drapeau a l’avantage d’être desservi autant par bateau que par métro, l’autobus et même l’auto, une bénédiction pour son accessibilité. Toutefois, la présence de nombreux véhicules sur nos îles rompt trop souvent son charme. L’aménagement des stationnements mériterait d’être revue à la lumière des nouvelles façons de faire, plus écologiques, pour mieux s’intégrer au parc (zones perméables à l’eau, plus de verdure, plus de haies pour les dissimuler.

Les équipements permanents de la F1 pourraient aussi être plus esthétiques, mieux intégrés au parc et plus agréables pour les piétons et les cyclistes, lorsqu’elles ne servent pas à la course automobile. Lokrum n’en a pas, mais pour ce sujet, nous pourrions nous comparer à Monaco, qui a une piste de F1 qui passe en pleine ville, sans barrières permanentes…

Courses Mtl-Monaco

Situation sur l’île Notre-Dame vs au centre de Monaco

Il y a un petit jardin botanique sur l’île de Lokrum, tout simple. Rien à voir avec nos Floralies, qui seraient nettement plus impressionnantes si elles étaient mieux mises en valeur. Ce trésor, qui n’attend que d’être chouchouté pour devenir le rendez-vous de tous les romantiques, ne peut pourtant pas rivaliser avec l’agréable promenade qu’offre le petit jardin botanique de Lokrum. Le Jardin du Québec serait un bon point de départ pour la restauration des Floralies. Contrairement à plusieurs autres jardins, il a gardé une bonne partie de son charme et ne demande que peu de travaux pour retrouver son lustre d’antan.

Floralies vs Jardin

Les Floralies vs le Jardin botanique de Lockrum

Située en eau calme, l’île Croate offre aussi, sur l’ensemble de son pourtour, un accès illimité à l’eau et à la baignade. Un autre point en sa faveur, sur lequel il faudrait se pencher pour améliorer notre propre parc. Même sans baignade, il y aurait moyen d’améliorer les points de vue sur le fleuve, pratiquement toujours caché par la végétation. Des belvédères réaménagés, de nouveaux points de vues et certaines éclaircies dans les branches feraient toute une différence.

Belvédères ou baignade

Berges du Parc Jean-Drapeau vs berges de l’île de Lokrum

Les canaux qui traversent l’île Notre-Dame pourraient donner un avantage net à notre parc, s’ils étaient plus utilisés pour des activités aquatiques (pédalo, kayak, canot…). Le potentiel est énorme!

Activités acquatiques

L’île de Lokrum cache un petit lac intérieur, lui aussi aménagé pour recevoir les baigneurs. Notre propre parc a sa Plage Jean-Doré, qui compense en partie, en rendant la baignade possible à cet endroit. L’arrivée en autobus, sur la piste de course, gâche toutefois la première impression et fait perdre de vue qu’on est sur une île. Le Complexe aquatique, collé sur la station de métro, ne permet pas plus de se sentir sur une île…

Baignade

Baignade au Parc Jean-Drapeau vs à l’île de Lokrum

Autre point de comparaison : les chaises longues. Sur l’île de Lokrum, tous les bancs sont installés pour offrir à ceux qui s’y arrêtent une vue intéressante. Une attention qui contribue à la magie des lieux. Certains espaces sont pourvus en chaises longues, permettant de s’étendre au soleil. Une bonne idée qui permet aux visiteurs de mieux profiter de l’île. Ce serait bien d’en ajouter dans notre propre parc!

Vues sur l'eau

Magnifiques vues, quelque soit l’endroit…

Les aspects traités jusqu’à maintenant, bien qu’à l’avantage de l’île de Lokrum, pourraient être améliorés au Parc Jean-Drapeau et laisser loin derrière la compétition. Le prochain point est aussi dans cette catégorie, bien que nous aurions un travail plus important à faire pour atteindre le calibre de Lokrum : les bars, cafés et restos disséminés dans l’île.

Il est en effet possible de passer une journée entière sur l’île de Lokrum et de prendre un café près du quai d’entrée, de prendre une marche et d’aller siroter un verre sur le rebord de son petit lac intérieur, puis de traverser l’île pour aller souper dans un restaurant aménagé dans un des édifices patrimoniaux de l’île. Cette présence de services, partout, en fait une destination vacances idéale pour les citadins en quête de nature.

Petits kiosques

L’aménagement du fast food de l’île Notre-Dame (à gauche) n’existe plus, l’ensemble ayant été rasé. Il montre toutefois que, comme à Lokrum, nos îles pourraient accueillir de tels équipements.

Il n’est actuellement pas possible, dans notre par,c de profiter de plusieurs bars et cafés… Il y a bien le Casino ou à La Ronde, mais on est loin du petit bar sur le bord de l’eau ou du café-lounge sous les arbres! Ce n’est pourtant pas les endroits qui manquent sur nos îles pour accueillir de tels comptoirs et commerces… Je suis convaincu qu’ils auraient le même effet dynamisant ici qu’à Lokrum.

Terrasses

La seule terrasse de l’île Sainte-Hélène vs une des terrasses de l’île de Lokrum

Il y a quand même trois aspects où le Parc Jean-Drapeau rayonne grandement plus que l’île de Lokrum. Premièrement, les événements comme le Piknic électronik et les Week-ends du monde attirent des foules nombreuses sur les îles. Améliorer l’ensemble des aménagements pourrait permettre de capter une partie de cette clientèle, et d’en attirer d’autres, pour justifier les efforts de revitalisation.

L'Homme de CalderLa présence sur l’île d’une imposante collection d’œuvres d’art public ajoute une touche culturelle importante au parc, qui n’a pas d’équivalent à Lokrum. Une application mettant en vedette cette surprenante collection vient d’ailleurs d’être lancée. Cet aspect, qui était un peu oublié ces dernières années, semble donc retrouver un peu de visibilité. Elle est méritée, car les œuvres qui sont dans les îles sont magnifiques.

Enfin, si l’île Croate a des vestiges anciens, comme nos îles (entre autres, l’ancienne fortification devenue le Musée Stewart), elle n’a pas connu l’effervescence d’un grand événement international. Les vestiges de l’Expo, qui marquent le paysage du Parc Jean-Drapeau, sont aussi un des attraits à développer pour les visiteurs, le troisième aspect pour lequel notre parc se démarque.

Cette alliance unique entre les événements, la culture, l’histoire et la nature sera encore mieux exploitée dans les prochaines années, avec les investissements à venir dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal et du 50e anniversaire de l’Expo67. La restauration de la Place des Nations et le réaménagement de la Promenade riveraine de l’île Sainte-Hélène pourraient avoir l’effet d’entraînement nécessaire pour qu’on améliore l’ensemble du parc et ses nombreux sites d’intérêt (les canaux, les Floralies, l’entrée de la Plage, etc.).

Ce serait intéressant qu’on pense aux îles, non plus comme un simple parc, mais comme un lieu de villégiature: une destination touristique majeure. Ce site exceptionnel a tout le potentiel pour marquer les Montréalais et les touristes encore plus fortement que m’a marqué l’île de Lokrum lors de mon voyage en Croatie. Il s’agit maintenant de se réapproprier ces îles aux trésors, situées « à deux pas de chez vous ».

Pour en savoir plus, visitez le texte Mon regard sur le Parc Jean-Drapeau ou passez directement à l’album-photos, en cliquant sur l’image ci-dessous :

Parc Jean-Drapeau

Plusieurs autres villes inspirantes ont fait l’objet d’un texte dans C’est toi ma ville. Pour les découvrir:

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Responses

  1. Bonjour! Dès que j’ai vu le titre de votre article, je savais que j’allais laisser un commentaire! Merci d’abord pour ce tour d’horizon tout en comparaisons qui permet de mettre en lumière les améliorations mais aussi les bons côtés de ce site magnifique.
    Pour avoir été horticultrice pendant 4 ans pour la Société PJD et côtoyant toujours des amies qui le sont toujours, je peux témoigner que le parc et ses aménagements paysagers sont malheureusement sous-estimés.

    Pour donner un exemple, nous étions 25 horticulteurs en 2005 pour entretenir les deux îles (excepté La Ronde et le Casino, bien sûr). Aujourd’hui, ils sont une quinzaine! Je prêche pour ma paroisse, mais ce nombre de personnel qualifié est trop peu pour le vaste territoire à couvrir. Les mauvaises herbes ont la vie belle!

    Pour les Floralies, vous avez raison de mentionner que le jardin du Québec est une perle qui pourrait être redorée assez facilement. Encore là, on a du jeter des iris de collection parce qu’on manquait de temps pour les soigner…Les Floralies regorgent de plantes d’exception qui par manque de considération des administrateurs ou d’argent, ne sont pas mises en valeur, ce qui peut entraîner parfois leur perte. On s’est fait souvent dire qu’on était pas un «jardin botanique»…Comme si Montréal ne pouvait pas posséder plusieurs lieux où on cultivent des végétaux extraordinaires!

    Autour de l’oeuvre de Calder (comme vous montrez), les plantations sont régulièrement piétinés par les visiteurs… Bref, il y a beaucoup de défis à relever du côté de l’aménagement. Toutefois, je suis persuadée que l’investissement en vaut le coup!

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    • Merci beaucoup pour votre témoignage, qui vient donner une profondeur de réflexion, complémentaire à mon texte. Souhaitons que notre voeux de voir les îles retrouver leur beauté d’antan soit entendu 🙂

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