Publié par : cbernier | 10 juin 2014

Sortir de la rue

Pour les 20 ans de l’Itinéraire, j’ai pensé republier ce texte (légèrement modifié), écrit initialement pour le magazine Guide Ressources, en 2002.

Les itinérants sont comme des épaves ayant coulé sur les écueils de notre société. Pour se renflouer, ils ont parfois simplement besoin d’un phare. Et cette lumière, nous pouvons la leur offrir de différentes manières…

Personne ne se dit « plus tard, je veux devenir un itinérant! » Pourtant, certains croient encore qu’il suffit de vouloir s’en sortir pour éviter les tempêtes de la vie. Pourraient-ils le soutenir devant les centaines d’hommes et de femmes qui fréquentent les organismes d’aide aux itinérants?

Que faire devant les mains tendues de la petite minorité des itinérants qui osent encore faire face à la réprobation et au jugement des passants? Comment aider un clochard qui ne demande même plus d’aide, entièrement noyé qu’il est dans le brouillard? On dit parfois que leur offrir de la petite monnaie les maintient dans la rue. Ce n’est toutefois pas aussi simple que cela.

Écumeurs de rue

On ne sait pas ce que réserve le destin à celui qui nous demande de l’aide. La lui offrir peut donc changer la trajectoire de son avenir. Un simple dollar peut par exemple permettre à une femme de se payer un café plutôt que de rester dans l’insécurité de la rue. Car si on sait déjà que les itinérants sont souvent victimes de violence, on ne se doute pas à quel point cette problématique est endémique pour les femmes

Mais que fait la personne de l’argent que nous lui offrons? La question nous vient souvent à l’esprit lorsqu’on pose ce geste. Et inévitablement, les préjugés arrivent dans son sillon. La drogue, l’alcool… C’est parfois effectivement ce à quoi sert notre argent, mais il serait réducteur de croire que c’est toujours le cas.

Il est aussi légitime de vouloir aider les itinérants autrement que par de l’argent. Et pour ce faire, plusieurs alternatives s’offrent à nous. L’idée d’offrir directement de la nourriture est une option intéressante. Toutefois, pour être original, on choisira l’initiative du Café sur la rue, de l’Itinéraire, qui vend des « cartes repas » que nous pouvons ensuite donner aux plus démunis.

Puisque l’organisme leur offre plusieurs services, on les met en contact avec des ressources qui pourront influencer positivement leur destin. Voilà le principal argument qui milite en faveur des dons aux organismes plutôt qu’aux individus. Sans ressources, personne ne peut se sortir de la misère.

Pour une bonne cause

Ignorer les gens de la rue pour ne se concentrer que sur les organismes qui les aident ne règle toutefois pas tous les problèmes. Plusieurs itinérants, souffrant de maladies mentales, refusent de sortir de leur isolement.

Ceux qui ont déjà fait certaines démarches pour s’en sortir peuvent toutefois compter sur de nombreux organismes. Offrant des projets adaptés et respectant le rythme de chacun, les plus connus sont l’Accueil Bonneau et l’Itinéraire, le premier journal québécois produit en partie par des itinérants. Journal aujourd’hui rejoint par la Galère de Trois-Rivières et la Quête de Québec, qui offrent eux aussi une alternative à la mendicité. Les camelots peuvent en effet compter sur la moitié des profits de leurs ventes. Plus important, ces journaux leur offrent des possibilités de réinsertion sociale. Ainsi, un ex-itinérant de Montréal s’est vu octroyer un contrat par Radio-Canada après avoir participé à un concours grâce à l’aide de l’Itinéraire!

Ces projets de réinsertion, tout comme les soupes populaires et les lieux d’accueil, souffrent toutefois de la même pauvreté chronique que les gens pour lesquels ils travaillent. Ils tentent tant bien que mal de mener leurs barques à bon port chaque année, mais sans le soutien financier des particuliers, ils n’y arriveraient pas.

Avec les 100 membres du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, ce n’est pas le choix d’organismes à appuyer qui manque.

Naviguer à vue

Le froid de l’hiver nous rappelle périodiquement l’urgence d’aider les plus démunis, mais il faut aussi résister à la tentation de ne penser à eux que lors des tempêtes. Chacun peut faire sa part pour les aider, tout au long de l’année. Financièrement, en faisant un don à un organisme, et parfois directement aux itinérants qui nous semblent véritablement dans le besoin.

Le bénévolat est aussi fort apprécié, surtout pour l’accompagnement des itinérants vers les services que l’on dit universels. Il y a en effet un énorme problème de discrimination pour ces personnes, complètement dépourvues et ne connaissant pas du tout leurs droits. Car les jugements et le rejet dont elles sont victimes dans la rue se répercutent inévitablement sur l’accueil qu’on leur réserve dans la société.

En fait, tout le problème de l’itinérance est peut-être là. Notre regard sur cette réalité rend coupables ceux qui en sont, en fait, les principales victimes! On peut régulièrement lire dans L’Itinéraire des témoignages racontant à quel point ces gens souffrent de nous voir détourner les yeux lorsqu’on les croise, de vivre comme des vaisseaux fantômes dans la ville. Un simple contact visuel, un sourire, sont donc les premiers gestes qu’il nous faut poser si on veut qu’ils gardent contact avec la société, si on veut qu’ils puissent conserver l’espoir de naviguer eux aussi un jour en eaux plus calmes.

Pour lire l’édition 20e anniversaire de l’Itinéraire, c’est par ici.

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Responses

  1. Une autre très belle murale: celle de la petite rue Charlebois à Saint-Henri, au coin de la rue Saint-Philippe, créée l’an dernier.

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  2. Bonjour, j’aime vos articles. En les lisant, sans vouloir vous insulter, j’ai remarqué des erreurs grammaticales et je suis secrétaire depuis 40 ans alors si cela pourrait vous dépanner, je pourrais les corriger sans vous demander quoi que ce soit et cela me ferait plaisir, bonne fin de journée.

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