Publié par : cbernier | 19 août 2013

Enfant de la ruelle

Je suis un enfant des ruelles de Montréal, un pur produit de la ville. Et maintenant : un adulte convaincu des vertus de la ruelle pour assurer le bonheur des enfants et des ados.

À chaque fois que j’entends des gens dire qu’il est difficile d’élever des enfants en ville, je sursaute. Je n’ai peut-être pas d’enfant, mais je l’ai été. Et pour moi, la ville a été un terrain de jeu magnifique. Laissez-moi vous relater mon regard d’enfant sur la vie montréalaise.

J’ai vécu les premières années de ma vie dans un demi-sous-sol et j’ai eu, comme première aire de jeu, le carré de gazon devant la fenêtre de ma chambre. J’avais une amie juste de l’autre côté de la rue et franchement, jusqu’à la maternelle, ça me convenait parfaitement… À cette époque, ma mère m’amenait souvent au parc. Je devrais dire « aux » parcs. Parce qu’il y en avait au moins 4 que l’on fréquentait régulièrement. Alors loin d’être limité par une simple cour, toujours la même, j’avais à ma disposition plusieurs cours, à quelques coins de rues de la maison. Toutes différentes, toutes intéressantes…

Cet accès à une diversité de lieux pour découvrir le monde qui m’entourait a eu un grand impact sur ma curiosité. Déjà, juste en face de chez moi, il y avait une boulangerie italienne. J’ai donc, aussi, rapidement vu d’autres cultures en action. Et dégusté les fruits de mes découvertes. Tout ça a contribué à mon ouverture face aux différences.

À huit ans, nous avons déménagés dans un plex. J’avais une cour, partagée par trois logements. Mais la cour ne valait absolument rien comparée à la ruelle! C’est dûr d’expliquer à quelqu’un qui n’a pas connu la joie de fréquenter une ruelle jeune, mais c’est extraordinaire. Il vit autour de cet espace plusieurs enfants, multipliant les potentielles amitiés. La surface de jeu est tellement immense pour nos petites jambes qu’il est difficile d’en exploiter tout le potentiel. Alors lorsque nos parents nous donnent des limites, elles sont faciles à respecter… Au bout de la ruelle, c’est souvent trop loin!

Qu’avait-elle de si particulier ma ruelle? Rien. Bien bétonnée, elle laissait passer les quelques voisins qui s’y stationnait. Il y avait de la roche un peu partout, parfois de la vitre, mais surtout, il y avait de la vie. Celle des amis, celle des voisins, celles des fleurs sauvages qui bordaient les clôtures, celle des arbres qui la surplombaient. Quelle que soit l’heure du jour, j’y trouvais quelque chose à faire. Seul ou accompagné. Elle était donc attirante, incitait à aller « jouer dehors », dans l’espoir d’y vivre une nouvelle aventure, plutôt que de rester devant la télé. Et pourtant, c’était celle-là :

Ruelle 27-28

Ajoutez lui un gros arbre à droite et elle est pareille à mon souvenir. Au cœur de Rosemont, elle n’a pas changée. Je vous l’ai dit, il est difficile pour quelqu’un qui n’a pas vu une ruelle avec un regard d’enfant, d’y voir tout le potentiel. Et pourtant! Récapitulons : un espace vert, une ruelle où aller s’épivarder quand même assez loin du regard de papa et maman, des amis potentiels dans tous les logements autour, et une diversité de voisins permettant de découvrir les différences du vrai monde… Ados c’est aussi, souvent, le lieu d’un premier regard intéressé. Puis le lieu d’un jeu et qui sait, d’un baiser…

C’est l’âge où vivre en ville a d’autres avantages. Les autobus et le métro permettent d’étendre notre territoire d’exploration à l’infini (ou presque). Je me souviens, au secondaire, des marches que nous faisions entre amis sur Sainte-Catherine. De Berri à Atwater, à pied, pour le plaisir de fréquenter le cœur de la Métropole. Et encore une fois, s’ouvrir aux différences, voir toutes les couleurs de la vie s’étaler sous nos yeux, rêver à un futur multiple, où les modèles sont si nombreux qu’il est difficile de choisir.

La ville offre des opportunités qu’il faut savoir saisir. Un jeune qui grandit en ville le sait instinctivement. Quand il a la chance d’avoir des parents qui l’incite à explorer toutes ces possibilités, il a le monde entier à sa portée. C’est pour cette raison que j’aime les ruelles. Elles sont un condensé du monde, une fenêtre sur la diversité, un territoire à explorer. Pour les enfants, c’est d’autant plus riche que bien souvent, leurs parents connaissent moins bien la ruelle qu’eux. C’est leur domaine, leur royaume. C’est aussi le départ de leur vie d’explorateur, de découvreur…

Le fils de la blogueuse derrière Les tribulations d’une Française à Montréal l’exprime ainsi :

« c’est l’fun, hein Maman, la ruelle, c’est comme un jardin mais dans la rue! » avec les joues rouges et le souffle court d’avoir trop couru, pédalé et ri, je me dit que décidément, oui , c’est l’fun!

Certains adultes se laissent aussi emporter par ce monde parallèle. Louise Latraverse, qui écrivait une chronique sur sa ruelle récemment, montre qu’un adulte aussi peut trouver, dans sa ruelle, un nouveau monde à explorer! Même le ministre Jean-François Lisée réagissait, l’hiver dernier, au nouveau concept de « ruelle blanche » qui fait lentement son apparition (concernant l’aménagement des ruelles en aire de jeux l’hiver). L’âge n’a peut être pas tellement d’importance pour apprécier les ruelles…

En effet, des ruelles, il y en a pour tous les goûts. Et à moins de trois rues de celle de ma jeunesse, en voici trois autres qui démontrent que la nature est aussi très présente en ville, que la diversité n’a pas de limite et que la Ville offre bien des surprises à ceux qui ne la connaissent pas :

DSCN5959 Ruelle 30-31 NdeBellechasse

Ruelle 30-31 NdeBélanger Pour les parents frileux à élever leurs enfants en ville, il me semble que ces trois exemples brisent bien des mythes… Comme enfant, laissez-moi vous dire que de telles ruelles vertes m’auraient comblé au-delà de tout! Seulement dans Rosemont, il y en a des dizaines comme ça, inconnue du grand public, parce qu’on ose rarement visiter l’envers du décor de la ville. Mais elles sont bien présentes, bien vivantes. Dans d’autres quartiers aussi…

Et si votre ruelle n’est pas aussi verte que vous l’aimeriez, pourquoi ne pas vous joindre au mouvement et initier une nouvelle ruelle verte? Le mode d’emploi pour y arriver est simple, des dizaines de nouvelles ruelles vertes se créent à Montréal chaque année.

Alors, osons donc la ville pour nos enfants!

Ajout d’aout 2014: Propos Montréal nous offre son plaidoyer sur le thème de la ruelle pour les enfants et la famille, lui qui a grandi à Verdun.

Ajout de mai 2015: C’est au tour de YULorama de nous partager la magie des ruelles

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Responses

  1. […] vieux temps des années 80, mais il faut avouer que les choses ont changés. Le blogue « C’est toi ma ville » représente très bien la vie dans les ruelles durant ces années dans son billet […]

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  2. ô le monde de mauve cœur,
    mes chers parents,
    comment vous qui mon appelez sur cette terre;
    vous me chassez encor?
    j’étais auprès de Dieu calme, tranquille,
    mais ce vous qui mon appelez,
    le jour de ma naissance
    vous m’avez donner le nom de bienvenu,
    mais aujourd’hui je devient mal venu?

    ô le monde de mauve cœur.

    maintenant vous mes donner une mère stérile,
    qui ne peut jamais faire la maternité,
    aucun jamais.
    tous pour dire que je suis sorcier,
    si vous m’avez appelez ici pour me laisser souffrir!
    il fallait me laisser dans le nean où j’étais dans le silence.

    JONATHAN Tazi Bondo

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    • j’ai mes parents, je vis avec eux, mais vos douleurs, me frappe chaque jour ce pour quoi j’ai composé ce texte.

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  3. Merci pour cet article. J’ai grandi à Ville Mont-Royal ou il n’y a pas de ruelle et j’enviais les autres quartiers qui en avait.
    Je fais partie de comité de notre ruelle et notre ruelle verte sera inaugurée sous peu. Voir le site suivant pour les détails. http://ruellemontrose.wordpress.com/

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  4. J’ai grandi dans cet environnement (rue Fabre entre Laurier et St-Grégoire). La magie des ruelles, des garages et des hangars. Notre monde à nous, ignoré des parents la plupart du temps. Cachettes magiques, premières cigarettes (à en devenir verte et dégoutée à jamais), premiers baisers (à en rougir de plaisir et accro ou dégoutée selon le partenaire). Les voisines qui discutaient en étendant la lessive, le marchand de glace, l’aiguiseur de couteaux et le « guenillou » qui passaient à toutes les semaines (années 50-60) en criant pour offrir leur services. Des genoux écorchés, des fonds de culotte déchirés, des souliers de course qui ne duraient qu’un seul été et encore…parce qu’il n’y avait pas toujours de freins sur les vieilles bicyclettes. Un monde grouillant de bonne entente, de chicanes, de vitres cassées en jouant au baseball, de voisins grincheux qui ne voulaient pas rendre le ballon tombé dans leur cour, d’amis pour la vie! Les ruelles de mon enfance…c’étaient le bon temps comme diraient ma mère et les voisines.

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  5. Merci beaucoup pour cette témoignage. Il y a toujours les choses mi-chemin, comme d’ajuter de q.q. plate-bandes, pour faire pousser les plantes indigène, résistant au ballons, pour ajouter la nature, la couleur, et aussi les choses a goûter (les enfants aussi aime faire pousser ‘leurs’ fèves, leur laitue et fleurs (comestible, comme la capucine) dans un bac.

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  6. Bel article. On s’y croirait!

    Je suis un enfant de la campagne (même du bois) qui a été transplanté à la ville dès l’âge du primaire.

    Mon bois, ma campagne, mon refuge je l’ai trouvé dans les ruelles du quartier St-Édouard (maintenant Petite-Patrie).

    À cette époque, il y avait encore les hangars qui faisaient corps avec la ruelle. Que de possibilités de jeux, de cachettes et de mystères.
    C’était notre domaine.

    Puis les hangars ont été démolit, mais nous y avons trouvé notre compte. Bon, il y avait quand même les problèmes de clôtures pour récupérer notre ballon. Rien à notre épreuve.

    Je fais un énorme saut dans le temps. J’habite Rosemont, la 16eme entre Laurier et St-Joseph. Pendant une dizaine d’années ce fut une ruelle paisible mais morte. C’est-à-dire sans enfants.

    Mais, depuis trois ou quatre ans, quelques jeunes familles se sont installés dans le coin. Oh bonheur, elles laissaient les enfants jouer dans la ruelle. Vives les joyeux babilles et les rires des jeunes « propriétaires » de leur ruelle. Je les vois grandir depuis ce temps.

    Je ne l’ai pas encore mentionné mais notre ruelle est en ciment. Une voisine vient de faire le tour du voisinage pour demander la réalisation d’une ruelle verte.

    Le gars du bois s’est gentiment opposé. J’ai expliqué à la voisine que c’est le terrain des enfants et que nous avons des cours assez grandes pour les verdir nous-mêmes. Il y a surement d’autres ruelles qui auraient besoin d’une intervention.

    Pour faire image, je lui ai parlé des jeunes, de leur ballon et des incidents avec les bacs de verdure. À ma grande surprise, elle m’a donné raison.

    Pourquoi réparer ce qui n’est pas brisé!

    Je ne suis par contre les ruelles vertes. Loin de là! Mais je crois que comme toute bonne idée il ne faut pas en faire un copier-coller à l’aveugle.

    Réservons nous une petite gène dans l’organisation des lieux, surtout ceux des jeunes. Les activités libres sont souvent plus créatives que les structures imposées.

    Je retourne prendre mon café sur mon balcon arrière pour les voir et entendre jouer avant la rentrée scolaire.

    Sylvain

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    • Merci pour ce complément à mon texte et pour le bon commentaire!

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