Publié par : cbernier | 2 mai 2013

Onon:ta’ ou la montagne

Saviez-vous que mai est le « mois du Mont-Royal »? Pour une 9e année, on nous invite à découvrir notre montagne sous un jour nouveau, par une foule d’activités. Pour ma part, il me semblait approprié de vous en parler d’un livre, à lire au pied d’un arbre.

Avec Onon:ta’, publié il y a quelques mois, Pierre Monette tente de nous raconter l’histoire du Mont-Royal à travers un regard inspiré des Premières nations. Et ça débute avec le nom, Onon:ta’ – Une histoire naturelle du mont Royal. Il y raconte le lieu en partant des légendes de la création du monde autant que de la géologie, en se basant sur l’histoire telle qu’on nous l’enseigne mais aussi du regard autochtone sur l’arrivée des blancs, et en philosophant autant qu’en jouant au vulgarisateur scientifique. Un livre dense, exigent, engageant, fascinant.

On ne sait pas comment la montagne était nommée par les premiers habitants de Montréal. Les explorateurs européens ne l’ont jamais noté. Ce qu’il nous reste, c’est le nom que les européens ont donné au lieu. Ainsi, si certains noms amérindiens ont survécus, celui de notre montagne, lui, est perdu à jamais. Seul subsiste le mot montagne : onon:ta’, un mot qui signifie à la fois montagne, sein et lait! Une symbolique féminine, nourricière et maternelle bien loin du point de vue des européens, pour qui les Monts sont symboles de puissance : des lieux où les Seigneurs construisaient leurs châteaux et forteresses.

Une autre différence culturelle est utilisée par l’auteur pour illustrer son propos. La culture occidentale accorde une importance remarquable aux dates. Nous connaissons donc le moment exact où Jacques Cartier a mis le pied sur l’île de Montréal, mais on ignore toujours le lieu de son débarquement. Tellement que selon une théorie relatée dans le livre, il aurait aussi bien pu arriver par la rivière des Prairies (bien que ce soit peu probable)… Un autochtone aurait plutôt décrit le lieu de son débarquement, considérant la date exacte comme moins importante. Pire, il s’est aussi perdu l’histoire du peuple des Ochehagas et de leur ville, que Jacques Cartier mentionnent sans les décrire.

On se rappelle toutefois, puisque l’histoire en a été écrite, de toutes les époques qui ont suivi. Dont la création du parc et son aménagement par Frederick Law Olmsted (l’architecte paysager de Central Parc à New York), qui était loin d’être impressionné par notre mont « Royal ». On se rappelle aussi de l’époque des « coupes de la moralité », ayant dévasté les forêts de la montagne dans les années ’50 et fait disparaître des milliers de chênes centenaires… Le « mont Chauve », comme on le surnommait alors, n’est donc pas recouvert d’une forêt ancestrale, mais de plantations qui sont venues corriger les erreurs de nos grands-pères.

Au commencement

Pour les Premières nations, les lieux ont une âme. L’auteur a donc choisi de remonter le temps et de raconter son récit de la montagne en débutant par les événements qui ont menés à sa naissance… Soit il y a quelques milliards d’années! Résumé en quelques pages, cette « préhistoire » du Mont-Royal est fascinante. On y apprend autant l’histoire de la pierre grise utilisée dans la construction de nombreux bâtiments de la ville, que les raisons pour lesquelles on ne trouve pas de traces fossiles de dinosaures dans notre région (bien qu’il y en ait eu, évidemment). Puis ce sont les glaciations qui sont racontée, et l’époque où les baleines nageaient au-dessus de la montagne, dans la mer de Champlain qui couvrait la région métropolitaine il y a dix milles ans… Si ces grands changements se sont déroulés sur des milliers d’années, ce n’est pas le cas des récents changements qui ont été le fait des « hommes blancs ».

Le dernier chapitre du livre, Disparu, traite de la destruction de la forêt qui couvrait l’Amérique du Nord avant l’arrivée des européens et du mode de vie (idéalisé?) des Premières nations de l’époque. Il est instructif concernant notre regard sur le monde, en reprenant les comparaisons entre la vision autochtone et européenne des choses, pour tenter d’expliquer les 400 dernières années. Et, aussi, concernant les enseignements très actuels que le mode de vie des Premières nations pourrait nous apporter face aux problèmes d’aujourd’hui. Par exemple, une forme « d’agriculture » de la forêt semble avoir prévalue avant l’arrivée des Blancs, permettant aux Premières nations de vivre des fruits de la forêt, tout en privilégiant sa croissance. Une forme de développement durable…

Globalement, ce livre a de curieux défauts, qui deviennent presque des qualités à un certain moment… Truffé de citations d’auteurs, elles exaspèrent autant qu’elles éclairent. La richesse des anecdotes historiques donne le tournis, mais nous en apprend tellement. L’auteur s’amuse aussi à rappeler l’histoire des mots pour nous montrer que ce que l’on pense aujourd’hui n’a rien à voir avec la conception du monde (et sa description) de nos ancêtres. Un livre dense, exigent, engageant, fascinant. Une lecture qui dérange et séduit, tout à fait pertinente en ce Mois du Mont-Royal.

Bonne lecture… sur la montagne 😉

Ononta

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