Publié par : cbernier | 17 février 2012

La solution Cocktail

La situation des transports collectifs et actifs évolue, mais il reste énormément d’efforts à faire pour que Montréal tire véritablement profit de toutes les possibilités de se déplacer autrement. Métro, bus, vélo, même l’hiver… Car oui, le Salon du vélo débute aujourd’hui! Il faut dire que la température est de la partie pour nous rappeler que le vélo l’hiver, c’est possible.

Quinze ans après avoir écrit sa proposition sur le Cocktail Transport, Michel Labrecque travaille depuis 2 ans à la concrétiser : il dirige maintenant la Société de Transport de Montréal. Des partenariats ont été conclus avec Bixi et Communauto par exemple, mais il reste bien du chemin à parcourir pour que le Cocktail Transport devienne une réalité.

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Le texte qui suit (légèrement adapté) a initialement été publié dans le Voir, en juin 1999. À l’époque, j’étais journaliste, et Michel Labrecque n’aurait sûrement pas pensé que plus de douze ans plus tard, il serait à la tête de la STM!

Imaginez que la STM mette en vente une carte à puce donnant accès à des autobus, des taxis, des automobiles louées et même à un hydroglisseur, pour traverser le fleuve! Fou? C’est le rêve de Michel « Vélo » Labrecque. Pour le militant cycliste, ce cocktail est la seule façon de résoudre le problème du transport à Montréal…

« Il y a trop de gens qui pensent que le transport en commun est une cause perdue », affirme d’entrée de jeu Michel Labrecque, également président du Groupe Vélo. Pourtant, des solutions, il y en a. Il suffit de penser un peu plus globalement et « d’arrêter de gérer des autobus pour commencer à gérer des déplacements ».

Vous habitez à Laval, mais vous travaillez au centre-ville de Montréal? Vous pouvez choisir d’affronter les bouchons de circulation avec votre voiture, ou de les éviter en prenant le transport en commun. Mais ce qui vous attend, alors, c’est un trajet composé de deux autobus et d’un métro, plutôt qu’un lien direct vers le centre-ville… Le Cocktail Transport, un projet élaboré par le militant cycliste, se veut une réponse à cette gestion archaïque du transport en commun.

Michel Labrecque prône le regroupement des services publics dans la région métropolitaine. « Big is better », dit-il. Son document de réflexion propose d’intégrer, en une seule offre de services concertée, tous les moyens de transport existants : auto, taxi, autobus… Se basant sur les données du CAA-Québec, le document rappelle que le coût annuel d’utilisation d’une voiture compacte est de plus de 8000 dollars. Parallèlement, on nous montre qu’un « cocktail de transports » coûterait beaucoup moins. Une carte d’autobus-métro, plusieurs courses de taxi par semaine et même plus de trente jours de location d’auto ne coûteraient, en effet, que 6500 $ par année.

Comment fonctionnerait le Cocktail Transport? Simple : on mettrait en vente une carte à puce (qui ferait office de droit de passage et de carte de débit) donnant accès aux services de transport publics, aux taxis et permettant d’avoir des rabais dans les centres de location de voitures. « Si on concurrence l’auto seulement avec de gros autobus, on est baisé, croit Michel Labrecque. Il faut intégrer tous les modes de transport… » L’auteur va jusqu’à imaginer le jour où on remplacera un circuit d’autobus peu utilisé par un service de taxis collectifs, et où on s’ouvrira à des solutions novatrices comme un hydroglisseur pour traverser la Rivière-des-Prairies.

« J’ai proposé le Cocktail Transport, maintenant c’est aux personnes concernées d’y réfléchir et de voir si elles veulent l’appliquer », dit l’auteur, ajoutant que les dirigeants de l’Agence Métropolitaine de Transport ont lu son document. Il aimerait bien que le gouvernement québécois fasse de même. « Au niveau industriel, c’est une très mauvaise idée de favoriser l’auto… Nous n’en fabriquons pas, et on raffine de moins en moins d’essence. Avec l’auto, on se retrouve avec un énorme déficit économique qu’on n’aurait pas si le Québec favorisait réellement le transport en commun. Au moins, dans ce domaine, les compagnies sont québécoises! »

Autobus à vélo

Le Cocktail Transport, c’est aussi l’intégration de la bicyclette aux services de transport en commun. Michel Labrecque l’avoue sans hésiter : sa réflexion vient en grande partie de la difficulté de faire la promotion du vélo comme moyen de transport. Une étude sur la possibilité de rendre complémentaire le transport à vélo avec les autres moyens de transport a d’ailleurs été produite (en 1999) et propose d’augmenter le nombre de stationnements sécuritaires pour vélos, de relier les réseaux cyclables aux grandes lignes de transport en commun et d’installer sur les autobus des supports à vélo…

Rien de bien nouveau, somme toute, puisqu’une dizaine de villes canadiennes offrent déjà ce genre de complémentarité. Tout le monde y gagnerait : le cycliste, en ayant un plus grand rayon de déplacement, et le service de transport, en élargissant sa clientèle.

« Au Danemark, tous les taxis ont des supports à vélo », ajoute Michel Labrecque. C’est même une exigence de la loi sur le taxi. À Montréal, pendant ce temps-là, il n’y a que les fourgonnettes qui peuvent accueillir les vélos, et pour la personne qui ne réserve pas, l’attente d’un tel taxi peut durer une heure! Le Groupe Vélo aimerait bien réussir à convaincre une compagnie de taxi de n’avoir que des voitures munies de support. Mais pour l’instant, l’industrie du taxi ne semble pas très intéressée par cette clientèle.

Cette étude permettra sûrement de mettre en place une partie de la complémentarité des moyens de transport dont parle le Cocktail Transport. Tout en continuant son travail de ce côté, le Groupe Vélo se prépare à la prochaine bataille. « Actuellement, le réseau cyclable montréalais a atteint un point de saturation », lance Michel Labrecque. Les pistes cyclables sont nombreuses, mais, pour le militant, il faudra bientôt ouvrir un nouveau débat : celui du partage de la rue entre le vélo et l’auto… David contre Goliath!

Un débat qui risque de faire beaucoup de bruit…

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Comme vous le voyez, c’est un texte toujours d’actualité 😉

En complément, je vous propose ce texte de François Cardinal, écrit à la suite de la nomination de Michel Labrecque comme président de la STM.

Et pour en savoir plus, la campagne Cocktail transport d’Équiterre est un bon point de départ.

Série de textes sur le transport:

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