Publié par : cbernier | 15 mai 2013

Petite exposition à voir

Je vous partage un coup de coeur: l’exposition Akakonhsa’ – Fabuleux dédoublements, qui se déroule jusqu’au 8 juin à la Maison de la Culture Frontenac.

Petite, mais marquante, puisqu’elle déboulonne des mythes en en mettant d’autres en scène. Une trop rare exposition sur l’art autochtone actuel.

Puisqu’une image vaut mille mots, voici deux oeuvres qui vous y attendent:

Printemps autochtone

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Cette exposition est organisée par Ondinnok, dans le cadre du Printemps autochtone d’art.

Publié par : cbernier | 10 mai 2013

Votre ruelle verte

Il y a plus de trente ans naissait le concept de ruelles vertes à Montréal. La ville décidait en effet de lancer le projet « Place au Soleil » visant la revitalisation de plusieurs ruelles, abandonnées à l’asphalte depuis trop longtemps. On voulait ainsi améliorer la qualité de vie des Montréalais. Mais le projet avait été mis en place sans impliquer la population et rapidement, les aménagements réalisés se sont détériorés, faute d’entretien. La ville a donc fini par abandonner son projet.

À la fin des années 90, quelques organismes communautaires prenaient la relève et réenclenchaient le processus de revitalisation des ruelles, mais en ne répétant pas l’erreur du passé. Tous ceux dont la porte communiquait avec une ruelle sélectionnée pour être aménagée étaient, cette fois-ci, invités à s’impliquer dans le projet. Ce fut un succès et depuis, le verdissement des ruelles gagne sans cesse du terrain.

Surtout depuis que les éco-quartiers sont impliqués! Ainsi, chaque année, de plus en plus de ruelles deviennent le point de rendez-vous des gens qui habitent autour. Avec l’aide des éco-quartiers, ils reprennent le contrôle de ce qui se passe derrière chez eux et aménagent cet espace en fonction de leurs besoins. Les projets sont parfois modestes, mais ils peuvent dans certains cas aller jusqu’à créer de véritables cités-jardins, inaccessibles aux automobiles.

Comment faire?

La ville de Montréal compte plus de 4000 ruelles. La première chose à faire avant de se mettre à rêver d’une oasis de verdure derrière chez soi, c’est de contacter son arrondissement pour connaître les modalités. Certains arrondissements sont très proactifs et soutiennent même les initiatives, par exemple :

C’est plutôt simple, même si ça demande un peu de courage et de confiance en soi pour démarrer. Car avant tout, il faut réussir à regrouper un certain nombre de voisins autour de ce projet, qui les concerne aussi. Avec l’appui de l’éco-quartier local, la recherche d’appuis financiers et techniques peut ensuite commencer.

Il ne reste plus alors qu’à réaliser l’étape la plus dure, mais aussi la plus excitante, celle qui permet de mettre sur papier les idées rassemblées. Mais attention, il y a toujours des contraintes qui limitent les rêves : la distribution du mazout, les stationnements ou les besoins des services publics… Un appel à l’arrondissement donne habituellement l’heure juste sur l’utilisation qui est faite d’une ruelle. Il ne reste alors plus qu’à produire les plans d’aménagements du futur îlot de verdure. Enfin presque! Car il faut les faire connaître aux voisins! La ruelle est un espace qui est partagé…

Enfin, comme on l’explique dans ce texte de Rue Masson, Créer sa ruelle verte en six étapes (presque) faciles, une approbation de l’arrondissement est quand même nécessaire avant de faire les travaux. Après cette ultime étape, c’est enfin le jour J, celui où le groupe se met les mains dans la terre pour montrer qu’en ville aussi, on peut avoir le pouce vert.

Des possibilités infinies

Si certains projets de ruelles vertes se contentent d’offrir une bande d’arbustes de chaque côté de l’asphalte pour laisser passer les véhicules, il est possible d’aller beaucoup plus loin. Il y a des limites aux réaménagements possibles, mais pas à l’imagination. Pour vous inspirer, voici quelques descriptions de transformations de ruelles. Cette carte vous permet aussi d’aller visiter les ruelles vertes existantes!

Un regard neuf, un peu de courage et une bonne organisation peuvent rapidement transformer une voie de service en jardin d’enfants avec carré de sable; en sentier champêtre; en petite forêt urbaine; en jardin fruitier ou en galerie à ciel ouvert. En effet, une murale donne tellement de charme aux grands murs aveugles qui longent certaines de nos ruelles!

Tout le monde profite d’une telle prise de contrôle citoyenne. Les enfants en premier lieu! Car il faut bien l’avouer, c’est surtout eux qui dominent la vie de la « deuxième adresse » de nos maisons. Raison de plus pour s’y mettre!

« Les rues ont leurs lumières comme les ruelles ont leurs secrets… Nous avons toujours deux adresses, celle de la porte avant, celle de la porte arrière. C’est la moins visible qui compte davantage. La vie s’y réfugie naturellement. »

- Serge Bouchard

Pour en savoir plus, voici un blogue sur les ruelles vertes.

Ce texte est une adaptation d’un article que j’ai écrit pour le magazine Guide Ressources, il y a plus de 10 ans déjà…

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Publié par : cbernier | 2 mai 2013

Onon:ta’ ou la montagne

Saviez-vous que mai est le "mois du Mont-Royal"? Pour une 9e année, on nous invite à découvrir notre montagne sous un jour nouveau, par une foule d’activités. Pour ma part, il me semblait approprié de vous en parler d’un livre, à lire au pied d’un arbre.

Avec Onon:ta’, publié il y a quelques mois, Pierre Monette tente de nous raconter l’histoire du Mont-Royal à travers un regard inspiré des Premières nations. Et ça débute avec le nom, Onon:ta’ – Une histoire naturelle du mont Royal. Il y raconte le lieu en partant des légendes de la création du monde autant que de la géologie, en se basant sur l’histoire telle qu’on nous l’enseigne mais aussi du regard autochtone sur l’arrivée des blancs, et en philosophant autant qu’en jouant au vulgarisateur scientifique. Un livre dense, exigent, engageant, fascinant.

On ne sait pas comment la montagne était nommée par les premiers habitants de Montréal. Les explorateurs européens ne l’ont jamais noté. Ce qu’il nous reste, c’est le nom que les européens ont donné au lieu. Ainsi, si certains noms amérindiens ont survécus, celui de notre montagne, lui, est perdu à jamais. Seul subsiste le mot montagne : onon:ta’, un mot qui signifie à la fois montagne, sein et lait! Une symbolique féminine, nourricière et maternelle bien loin du point de vue des européens, pour qui les Monts sont symboles de puissance : des lieux où les Seigneurs construisaient leurs châteaux et forteresses.

Une autre différence culturelle est utilisée par l’auteur pour illustrer son propos. La culture occidentale accorde une importance remarquable aux dates. Nous connaissons donc le moment exact où Jacques Cartier a mis le pied sur l’île de Montréal, mais on ignore toujours le lieu de son débarquement. Tellement que selon une théorie relatée dans le livre, il aurait aussi bien pu arriver par la rivière des Prairies (bien que ce soit peu probable)… Un autochtone aurait plutôt décrit le lieu de son débarquement, considérant la date exacte comme moins importante. Pire, il s’est aussi perdu l’histoire du peuple des Ochehagas et de leur ville, que Jacques Cartier mentionnent sans les décrire.

On se rappelle toutefois, puisque l’histoire en a été écrite, de toutes les époques qui ont suivi. Dont la création du parc et son aménagement par Frederick Law Olmsted (l’architecte paysager de Central Parc à New York), qui était loin d’être impressionné par notre mont « Royal ». On se rappelle aussi de l’époque des « coupes de la moralité », ayant dévasté les forêts de la montagne dans les années ’50 et fait disparaître des milliers de chênes centenaires… Le "mont Chauve", comme on le surnommait alors, n’est donc pas recouvert d’une forêt ancestrale, mais de plantations qui sont venues corriger les erreurs de nos grands-pères.

Au commencement

Pour les Premières nations, les lieux ont une âme. L’auteur a donc choisi de remonter le temps et de raconter son récit de la montagne en débutant par les événements qui ont menés à sa naissance… Soit il y a quelques milliards d’années! Résumé en quelques pages, cette "préhistoire" du Mont-Royal est fascinante. On y apprend autant l’histoire de la pierre grise utilisée dans la construction de nombreux bâtiments de la ville, que les raisons pour lesquelles on ne trouve pas de traces fossiles de dinosaures dans notre région (bien qu’il y en ait eu, évidemment). Puis ce sont les glaciations qui sont racontée, et l’époque où les baleines nageaient au-dessus de la montagne, dans la mer de Champlain qui couvrait la région métropolitaine il y a dix milles ans… Si ces grands changements se sont déroulés sur des milliers d’années, ce n’est pas le cas des récents changements qui ont été le fait des « hommes blancs ».

Le dernier chapitre du livre, Disparu, traite de la destruction de la forêt qui couvrait l’Amérique du Nord avant l’arrivée des européens et du mode de vie (idéalisé?) des Premières nations de l’époque. Il est instructif concernant notre regard sur le monde, en reprenant les comparaisons entre la vision autochtone et européenne des choses, pour tenter d’expliquer les 400 dernières années. Et, aussi, concernant les enseignements très actuels que le mode de vie des Premières nations pourrait nous apporter face aux problèmes d’aujourd’hui. Par exemple, une forme "d’agriculture" de la forêt semble avoir prévalue avant l’arrivée des Blancs, permettant aux Premières nations de vivre des fruits de la forêt, tout en privilégiant sa croissance. Une forme de développement durable…

Globalement, ce livre a de curieux défauts, qui deviennent presque des qualités à un certain moment… Truffé de citations d’auteurs, elles exaspèrent autant qu’elles éclairent. La richesse des anecdotes historiques donne le tournis, mais nous en apprend tellement. L’auteur s’amuse aussi à rappeler l’histoire des mots pour nous montrer que ce que l’on pense aujourd’hui n’a rien à voir avec la conception du monde (et sa description) de nos ancêtres. Un livre dense, exigent, engageant, fascinant. Une lecture qui dérange et séduit, tout à fait pertinente en ce Mois du Mont-Royal.

Bonne lecture… sur la montagne ;)

Ononta

Publié par : cbernier | 24 avril 2013

Un quartier qui change

Il y a un an, je vous faisais part de mes découvertes sur "ma surprenante Promenade" Ontario. Depuis, il y a eu bien du mouvement, transformant radicalement la vie du quartier. Plusieurs nouveaux commerces se sont installés et, en s’inspirant du secteur, nous ont offert de petits lieux aussi originaux que branchés, qui attirent déjà une clientèle de partout en ville. Après L’Espace Public – Brasseurs de Quartier (arrivé sur Ontario en janvier 2012), le magnifique resto Le Chasseur s’installait à son tour en septembre, puis le Monsieur Smith, très sympathique resto-bar tout près de Pie-IX faisait son apparition en décembre, juste à temps pour les fêtes. J’étais déjà impressionné de les voir apparaître les uns après les autres, sûr que ça s’arrêterait… Mais non! En février, c’était au tour de la Gueule de Bois – Chez M & Cartier de me surprendre. 4 nouveaux points de rendez-vous dans Hochelaga en un an, 4 adresses suffisamment fortes pour attirer des clients de partout, avides de découvrir quelque chose de différent.

Ce n’est pas HoMa, c’est Hochelag’

S’il y a quelque chose qui se passe en ce moment dans Hochelaga, c’est en grande partie parce que ces nouveaux commerces, plutôt que de nier l’histoire du quartier, s’en servent pour mousser leur créativité.

Que ce soit avec :

  • la murale utilisant des images du secteur et produite par des artistes locaux de L’Espace Public;
  • l’esprit de « flirt entre le bon et le rude », comme le dit le propriétaire du Chasseur dans un reportage diffusé au téléjournal le 6 avril dernier;
  • les noms des cocktails du Monsieur Smith (Homa God ou Mojito Olympique, entre autres);
  • ou la volonté affichée de redonner un peu de lustre à l’Est de l’artère commerciale du Gueule de Bois;

chacun tire à sa façon partie du quartier pour en faire LA destination actuelle. Oubliez "HoMa", qui tentait de faire croire à un 2e Plateau; sur la Promenade Ontario, vous êtes dans Hochelag’!

Il y a même un effet de débordement sur la rue Hochelaga, qui voyait s’ouvrir, il y a quelques semaines à peine, la Poutine Centrale, en face d’un poste de transformation d’Hydro-Québec. En usant d’un clin d’œil à celui-ci dans son nom (Centrale) et en s’offrant un décor industriel au design impressionnant, ce petit nouveau participe entièrement à la nouvelle vague qui déferle sur le quartier.

Il faut dire qu’il y avait des bases qui ont permis cette émergence. Plusieurs excellents restaurants et cafés sont établis sur la Promenade Ontario depuis quelques années, dont La Cervoise, Les Canailles, Le Valois, le Bagatelle, l’Atomic Café et le Hoche Café (et il y en a que je n’ai pas encore essayé!). Ou sur Sainte-Catherine, avec le Bistro InVivo, L’Arrêt de bus et les Cabotins (là aussi il y en a que je n’ai pas essayé…). L’embarras du choix, donc !

Et tous ces changements se font avec une surprenante cohabitation des différentes populations du quartier, sans exclure personne. Ainsi, les prostituées sont toujours visibles, le dépanneur du coin continu à afficher dans sa vitrine, écrit à la main sur un carton « achetons comptant les revues érotiques » et les pauvres n’ont pas disparu. Les nouveaux résidents se mêlent à cette population bigarrée et en général, la cohabitation se vit assez bien. Alors, ne vous surprenez pas si un inconnu vous adresse la parole dans un commerce ou à l’arrêt d’autobus. Hochelaga, c’est un village…

2 piscines, 2 bibliothèques, une place et un marché

Avec le temps, j’ai découvert que j’avais 2 piscines intérieures près d’Ontario : Hochelaga et le Bain Morgan, qui est un édifice historique! Comme la bibliothèque Maisonneuve, ancienne Mairie de la Ville de Maisonneuve (avant son annexion à Montréal en 1918). Sans oublier le Marché Maisonneuve, à l’extrême Est de la Promenade… L’histoire de cette petite municipalité, qui fut un temps le 5e pôle industriel du Canada, est fascinante. L’héritage laissé par cette époque, dont ses édifices monumentaux, contribue à l’attractivité du secteur et permet de penser que sa renaissance n’est qu’à ses débuts.

Autre zone héritée d’une autre époque, mais adaptée à la réalité d’aujourd’hui : l’aménagement de la Place Valois et de son sentier sur les restes d’une ancienne emprise ferroviaire (qui traversait la rue Ontario en diagonale). Les traces de cette époque ont été rappelées par les aménagements. Ici aussi, plutôt que de nier l’histoire du quartier, on s’en est servi pour le mettre en valeur. Depuis, la Place Valois créé une effervescence certaine! J’en parlais l’an dernier; avec l’ArHoma, le saucissier Walter, Le Valois et tous les autres commerces qui ont poussé autour, ce fut aussi un élément contribuant au renouveau d’Hochelag’. Un puissant levier pour attirer de nouveaux résidents, dans les condos construits autour, capables de faire prospérer des commerces de proximité… Et attirant à leur tour de nouveaux locataires dans les logements vides du coin. La roue s’est remise à tourner.

Il semble que le développement du quartier sur ses bases historiques et sur ce qui le différencie, plutôt qu’en copiant une formule qui a déjà fonctionné ailleurs, commence à donner des résultats! On aime ça! :)

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Commerces d’Hochelaga mentionnés dans mes autres textes :

Le Chasseur dans Les meilleurs tapas en ville

Bistro In Vivo, Monsieur Smith, Le Chasseur, et Gueule de bois Chez M&Cartier dans Les meilleurs cocktails à Montréal

Bistro In Vivo, L’Arrêt de bus, Le Valois, Cabotins, Les Canailles, Bagatelle et Miami Déli dans Les meilleurs brunchs à Montréal

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Publié par : cbernier | 15 avril 2013

Rivières enfouies sous la ville

On ne s’en doute pas en parcourant la ville, mais il n’y a pas si longtemps, l’île de Montréal était couverte de ruisseaux et de rivières. Avec l’urbanisation, elles ont été canalisées, puis carrément enfouies. Elles sont donc toujours là, mais on nous les a cachées! C’est pour rappeler aux citadins l’existence de ces Rivières perdues que Caroline Bâcle a décidé de produire un documentaire sur ce sujet. Magnifique film que j’ai eu la chance de voir récemment et qui a inspiré ce texte.

Le site du documentaire permet de connaître les prochaines dates de diffusion, mais aussi d’aller un peu plus loin… Pour redécouvrir les trésors naturels qu’on a cachés, une application IPhone a été produite, par la même équipe, pour explorer les rivières perdues de Montréal!

Les exemples de Londres et New York

À Londres, une portion de la rivière Quaggy a été « déterrée » et renaturalisée dans Sutcliffe Park en 2004. Aussi curieux que ça puisse paraître, on avait mis cette rivière sous terre, même dans les parcs de la ville! Elle a maintenant retrouvé sa liberté.

Un groupe de citoyens travaille à convaincre les autorités de Londres de poursuivre son désenclavement, ailleurs en ville. Ils ne sont pas les seuls à y travailler, car la région s’est doté du London rivers action plan, qui vise à permettre le retour au soleil de 15km de rivières d’ici 2015. Inspirant!

Dans le nord de New-York, à Yonkers, un autre projet de restauration a été entrepris avec succès, redonnant au centre-ville de cette banlieue un certain lustre. En effet, la rivière qui coulait au centre de la ville avait été canalisée sous un stationnement, défigurant le quartier. La remise en lumière de la rivière Saw Mill, que montre cette vidéo, a eu un effet spectaculaire sur le quartier. En regardant ces images, on ne peut pas croire qu’elle ait été cachée sous un stationnement pendant 90 ans!

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À peine 6 mois après sa restauration, le cours d’eau accueillait de nouveaux des poissons et des écrevisses! Comme quoi, bien souvent, la nature n’attend qu’un coup de pouce pour retrouver son équilibre.

Mares urbaines et bassins de rétention

Le documentaire Rivières perdues, qui traite de ces deux exemples de Londres et Yonkers, ne propose aucune rivière à restaurer pour Montréal. Toutefois, il effleure le sujet des bassins de rétention, ces espaces naturels inondables qui permettent aux égouts d’une ville de mieux résister aux fortes pluies. C’est entre autres pour contrer les débordements que Londres va de l’avant avec la renaturalisation de ses cours d’eau. Montréal pourrait s’inspirer de cette idée pour recréer, en ville, des écosystèmes vivants.

Il est évidemment aussi possible d’aménager de tels bassins sans la présence d’une rivière, comme l’a fait l’arrondissement Saint-Léonard, qui a d’ailleurs été récompensé lors du Gala de reconnaissance en environnement et en développement durable, en 2011, pour le bassin du Domaine Chartier :

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Le principe est simple. On aménage un bassin là où l’eau irait de toute façon… Ainsi, on peut la retenir, en profiter et recréer des milieux de vie pour la faune urbaine. Certains parcs Montréalais s’y prêteraient bien.

Les rivières de Montréal

Mais revenons aux rivières, qui permettent de retrouver un peu de cette nature en ville… Quelques rivières ont survécu à l’urbanisation, même si elles sont plutôt rares. Il y en a dans les écoterritoires de l’île, mais elles sont souvent difficiles d’accès. Par exemple, le ruisseau de la Coulée verte du ruisseau De Montigny est magnifique, mais il faut vraiment sortir des sentiers balisés pour voir quelque chose. Pourtant, qui croirait que ce splendide ruisseau en cascade coule non loin de l’autoroute 25, à quelques pas du Cégep Marie-Victorin, à Montréal?

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D’autres rivières font l’objet d’une mobilisation citoyenne, comme la petite rivière Saint-Pierre (dans l’ancien golf Meadowbrook). Certains veulent voir le secteur transformé en nouvel écoterritoire et d’autres, en nouveau quartier intégrant la rivière dans son aménagement…

Il suffit de chercher un peu pour découvrir qu’il y a beaucoup à dire sur les rivières de Montréal. Celles qui sont enfouies comme les survivantes. Un blogue leur a d’ailleurs été consacré en 2009 et 2010 : Ruisseau Montréal. C’est triste qu’il ne soit plus alimenté parce qu’il était vraiment intéressant! Il nous invitait à jouer au sourcier et à remonter la piste de l’eau qui coule, parfois pas très loin de chez nous… Comme l’a fait Caroline Bâcle avec son film Rivières perdues, ces témoignages sont des invitations à aller à la rencontre de nos ruisseaux et rivières, parce que c’est en les connaissant et en les fréquentant qu’on pourra leur redonner une place dans la ville.

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Textes complémentaires :

Dans les entrailles de Montréal

Des animaux sauvages à Montréal

Publié par : cbernier | 8 avril 2013

La tête dans les étoiles

La fin de semaine dernière, le nouveau Planétarium de Montréal ouvrait ses portes au grand public. Nouvel édifice phare de la ville, à l’architecture audacieuse, il vient compléter Espace pour la Vie, qui regroupe le Jardin botanique, l’Insectarium et le Biodôme. Voisin du Stade Olympique, il devra faire face à un problème de taille : la compétition! Car qui dit Planétarium, dit observation des étoiles… Mais avec son projet d’illumination de la Tour, le Stade contribuera à la « pollution lumineuse » du secteur, nuisant à notre capacité d’y voir les étoiles.

La collaboration entre les deux institutions permettra sûrement d’éteindre la Tour à l’occasion, pour permettre de sortir des murs du Planétarium les télescopes et autres lunettes astronomiques permettant de mieux voir la voûte céleste. Il n’en reste pas moins que le problème de la pollution lumineuse est réel à Montréal, Tour du stade, ou pas… L’Agence Science Presse nous apprenait, le 6 avril dernier, que le « dôme lumineux » créé par Montréal influençait la qualité du ciel étoilé dans un rayon de 150 kilomètres. Diminuant notre capacité à voir les étoiles dans toute la région.

Et nous rappelait que nous sommes en pleine semaine internationale du ciel nocturne (du 5 au 11 avril 2013). Une initiative qui vise à nous faire prendre conscience que la nuit, il suffit de lever les yeux vers le ciel pour voir les beautés de l’univers… Mais qu’elles sont malheureusement masquées en ville par l’omniprésence d’éclairages trop puissants et qu’ils menacent jusqu’en campagne. En effet, la lumière émise par Montréal nuit jusqu’à l’Observatoire du Mont-Mégantic, pourtant désigné « Réserve internationale de Ciel étoilé ».

Réserve de quoi? Oui, oui, de « ciel étoilé »! Soit :

Un espace public ou privé de grande étendue jouissant d’un ciel étoilé d’une qualité exceptionnelle et qui fait l’objet d’une protection à des fins scientifiques, éducatives, culturelles ou dans un but de préservation de la nature. La réserve doit comprendre une zone centrale où la noirceur naturelle est préservée au maximum et une région périphérique où les administrateurs publics, les individus et les entreprises reconnaissent l’importance du ciel étoilé et s’engagent à le protéger à long terme.

En 2007, la région du Mont-Mégantic a été la première au monde à recevoir ce titre de Réserve internationale de Ciel étoilé, couronnant des efforts soutenus de tous les intervenants de la région (villes, citoyens, commerces, etc.) ayant menés à une diminution notable de la pollution lumineuse autours de l’Observatoire. Un projet mobilisateur car, comme le dit leur site web :

Expérience universelle aussi saisissante qu’inspirante, la contemplation des étoiles interroge la conscience et fait ressentir ce lien mystérieux qui nous relie à l’Univers.  Sensation d’infini et d’éternité, le spectacle du ciel nocturne nous relie à nos ancêtres les plus lointains.

Pourtant d’apparence immuable, ce patrimoine culturel inestimable est aujourd’hui menacé de disparition.

On nous y apprend que le ciel de la région de Montréal ne laisse plus voir qu’une centaine d’étoiles, alors que dans la région du Mont-Mégantic, il est possible d’en contempler plus de 3000 à l’œil nu.

La pollution lumineuse

Dans un mémoire soumis par la Fédération des Astronomes amateurs du Québec à la Ville de Montréal, on explique même que Montréal émet autant de lumière, la nuit, que la ville de New York! Un indice qui permet de croire qu’il y a un réel problème de pollution lumineuse. Pris en compte dans le Plan d’urbanisme de la Ville, ce problème n’est toutefois pas réglé…

Au travail et à la maison, contribuez-vous à la pollution lumineuse ou à la réserve de ciel étoilé?

Une belle question à se poser en cette semaine internationale du ciel nocturne et en cette semaine d’ouverture de notre nouveau Planétarium! ;)

Publié par : cbernier | 3 avril 2013

Journée de commémoration de l’Holocauste à Montréal

Le dimanche 7 avril prochain sera une journée bien spéciale pour 6 survivants de l’Holocauste, aujourd’hui résidents de Montréal. Ils invitent en effet la population à une commémoration, où ils témoigneront de leur vécu tragique et de leur courageuse lutte pour survivre. Il reste bien peu de ces mémoires vivantes, mais dans les années cinquante, il y avait 14 000 rescapés de l’Holocauste à Montréal! Quatorze milles! Une histoire malheureusement méconnue…

Il y a près de cinquante ans, ils ont construit, ici, un lieu pour commémorer les victimes des camps de concentration. Celui-ci contenait des cendres d’Auschwitz, placées sur les restes de la colonne d’une mosquée détruite par les nazis. En 1991, un petit musée est bâti autour, donnant naissance au Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal, situé près du métro Côte Sainte-Catherine. Un Centre qui « informe et sensibilise les gens de tous âges et de tous milieux sur l’Holocauste, ainsi que sur l’antisémitisme, le racisme, la haine et l’indifférence ». Un Centre qu’il faut avoir visité au moins une fois dans sa vie. Parce que l’intolérance et l’indifférence ne sont jamais loin et parce que c’est une belle occasion de se rappeler que même lorsque l’Histoire se déroule loin de nous, elle finit par nous toucher.

Montréal a été une terre d’accueil pour des gens de partout sur la planète et c’est ce métissage qui lui donne sa couleur si particulière aujourd’hui. Le Centre commémoratif de l’Holocauste est un des lieux qui témoignent de cela. Et qui nous permet d’en apprendre plus sur notre histoire collective, en partant de celle de l’Allemagne nazie évidemment, mais en nous rappelant aussi comment se vivait les événements de l’époque ici même, à Montréal…

Publié par : cbernier | 19 mars 2013

Des animaux sauvages à Montréal

Vous connaissez l’écologie de la réconciliation? Moi non plus. Du moins, pas avant de m’intéresser à ces intrigants chercheurs qui prétendent qu’on doit apprendre à partager la ville avec les pigeons. C’était en « une » du Québec Sciences de novembre dernier (j’avoue, je suis un peu en retard dans mes lectures). Ce texte m’a fasciné! Surtout à cause de ce qu’il ne dit pas : il n’y a pas que des pigeons en ville…

On sait déjà qu’il y a plus de biodiversité au sud du Québec qu’au nord, que celle-ci y est plus menacée aussi. On sait qu’il y a plus de 120 espèces d’oiseaux qui passent par Montréal ou qui y vivent, dont les hérons, toujours majestueux, que ce soit au Jardin botanique ou sur le bord d’un des 260 km de berges que compte l’île… On sait aussi que l’île compte quelques ratons-laveurs, moufettes et autres bestioles du genre.

Notre ami le raton-laveur

Les ratons-laveurs, prenons les comme premiers exemples, sont beaucoup plus nombreux sur l’île qu’on ne le pense généralement. Cette vidéo témoigne de façon éloquente que, du moins sur le Mont-Royal, ils sont très nombreux :

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Mais ils ne sont pas cantonnés à nos grands parcs. Il y a quelques semaines, j’ai eu la surprise d’en croiser un, bien accroché sur un tronc d’arbre de la rue Préfontaine, à deux pas d’Ontario. Aucun parc en vue. Il était là, bien tranquille, sans m’accorder une seconde d’attention. Moi, j’étais plutôt impressionné. Quel bel animal! Mais que faisait-il sur la rue?

Le raton n’est pas le seul animal « sauvage » à vivre au centre de la vie urbaine. En plein cœur de l’île, sur le Mont-Royal ou au Jardin botanique, des renards naissent, vivent et meurent. Oui, des renards! On en voit deux ici, au Jardin botanique :

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L’été dernier, un Bioblitz a été organisé au Parc Angrignon… L’idée était de réunir des scientifiques et des citoyens pour produire un inventaire de la biodiversité, dans cet endroit précis. En 48 heures, 74 espèces animales ont été répertoriées dans ce seul parc, lui aussi au cœur de la vie urbaine. Même des lapins à queue blanche auraient été vus… Et un renard.

À force de réduire leur habitat, les animaux cherchent-ils de nouveaux territoires? C’est une des explications avancées pour expliquer la présence d’animaux moins familiers en ville, comme les renards, mais aussi les cerfs de Virginie. Car oui, il y a des cerfs à Montréal, au Parc nature de Pointe-aux-Prairies entre autres. On doit d’ailleurs y mettre des portions de territoire en enclos pour protéger les végétaux de l’appétit des cerfs! L’émission Les années-lumière consacrait une chronique à ce problème l’an dernier.

Tout aussi surprenant, des coyotes ont colonisé l’île de Montréal, jusqu’à Pointe-St-Charles, en suivant les chemins de fer. L’arrivée de cet animal sauvage en ville en inquiète toutefois certains…

L’écologie de la réconciliation

C’est là que l’idée de la « réconciliation » prend tout son sens. Pourquoi ne pas modifier notre raisonnement et profiter de ces incursions sauvages en ville pour nous poser la question centrale de la biodiversité, de notre relation avec la nature, de notre respect du vivant?

Les incursions d’animaux sauvages à Montréal sont un témoignage de la disparition de leur habitat autour de l’île. Nous devrions nous en alerter! C’est aussi une démonstration qu’il y a des espaces verts de qualité sur l’île, suffisamment intéressants pour abriter des animaux sauvages. Nous devrions nous en féliciter et chercher à protéger ces habitats.

Le père de l’écologie de la réconciliation, Michael L. Rosenzweig, l’explique ainsi :

Il faut partager l’espace avec les autres espèces. Aménager les habitats humains pour qu’ils accueillent le plus grand nombre d’espèces, au bénéfice également des sociétés locales. En d’autres termes, « réconcilier » l’homme et la nature.

Sur les berges de l’île, on croise régulièrement des castors, des moufettes et des marmottes. Les lapins du Parc Angrignon émerveillent ceux qui les croisent, mais il nous faut quand même des prédateurs si on ne veut pas que leur population explose… Faire une place à la nature, même dans notre ville, n’est pas une utopie puisque la nature y est déjà! Il suffirait de le reconnaître et de lui donner un coup de pouce pour qu’elle s’épanouisse.

C’est un des 4R de la conservation de la Société française d’écologie :

  • Mise en Réserve dans des espaces protégés
  • Restauration d’habitats
  • Réconciliation
  • Reconnexion des humains avec la nature

Mais les pigeons?

Revenons aux pigeons (et je suis sûr que le même raisonnement pourrait s’appliquer aux écureuils). Ce sont les animaux « sauvages » les plus visibles de notre environnement et probablement ceux avec lesquels il faut le plus travailler sur la réconciliation. Dans le texte de Québec Science sur les pigeons, on mentionnait l’écologie de la réconciliation, mais aussi l’importance de reprendre contact avec la nature. Et l’intermédiaire proposé pour cette « reconnexion » était… le pigeon.

À Paris, ils ne lésinent pas avec les moyens pour y arriver. En plus d’expériences avec des pigeonniers dans les parcs, l’Agence régionale pour la nature et la biodiversité en Île-de-France (Natureparif) a créé un Guide de 64 pages « Le pigeon en ville ». De plus, un groupe de recherche interdisciplinaire et interprofessionnel « le pigeon en ville : écologie de la réconciliation et gestion de la nature » a été mis en place et a même organisé un colloque en 2011!

À Montréal, nous avons la chance de pouvoir entreprendre la « reconnexion » avec une plus grande variété d’animaux ;)

Pour se réconcilier avec la nature, même en pleine ville, le pigeon c’est bien, mais il me semble que le raton-laveur, c’est mieux!

Le développement rapide de l’agriculture urbaine nous confrontera rapidement à l’importance d’intégrer la nature « sauvage » dans notre réflexion. L’arrivée de nourriture dans nos cours, sur nos balcons, attirera inévitablement les animaux… Je vous parlais du miel urbain récemment. Il n’y a pas que les humains qui l’apprécient, les ratons-laveurs et les moufettes aussi! Qui à leur tour sont chassés par les renards.

Ainsi donc, la nature est là pour rester et elle s’affirme jusque dans les quartiers centraux de la ville. Rappelant l’importance de créer des corridors verts au cœur même de Montréal si on veut contribuer à la conservation de notre biodiversité. Les 4R, c’est aussi en ville que ça se passe.

Au dernier congrès annuel de l’Association des biologistes du Québec, le thème était Les corridors écologiques : un réseau pour connecter l’humain et la nature. Le programme montre qu’on y a abordé une foule de questions, mais l’enjeu des corridors verts (ou écologiques) en ville ne semble pas y avoir eu une grande place… Comme si la nature n’existait pas sur l’île de Montréal.

Le Mouvement Ceinture Verte ou le projet de Trame verte et bleu du grand Montréal ne semblent pas non plus aborder directement la question de la vie sauvage dans les quartiers centraux de Montréal. Il faudra combler cette lacune, car les cerfs, les renards et les marmottes de l’île, eux, ont déjà fait le choix de vivre en ville.

Publié par : cbernier | 12 mars 2013

Artères commerciales : pour une vraie vie de quartier

Ontario, Rosemont, Fleury, Masson, Beaubien, de Castelneau, Notre-Dame ou Mont-Royal, même combat? Pas du tout…

Il y a un an, j’écrivais un texte sur la rue Ontario: Ma surprenante Promenade. Depuis, plusieurs bars et restaurants s’y sont installés, attirant les foules et modifiant l’ambiance du quartier. C’est un texte que je réécrirai dans les prochaines semaines, parce que la rue a trop changé.

Sur Rosemont aussi, la vie a changé depuis un an. Depuis que je suis parti de mon nid dans le coin du métro du même nom, l’arrivée de deux bars de quartier est venue modifier les habitudes de mes anciens voisins. Les nombreux clients du coin ont découvert l’attrait de sortir à quelques pas de chez soi, et ne s’en privent pas…

On me parle beaucoup de la rue Fleury Ouest, où il y a, semble-t-il, la naissance d’un pôle qui mérite le détour… J’irai voir, c’est sûr!

Dévitalisation du centre?

Ainsi donc, de nombreuses rues de quartier sont en train de monter, de redevenir le centre de la vie de leurs voisins, comme les rues Masson, Beaubien, de Castelneau ou Notre-Dame dans l’ouest. C’est une excellente nouvelle pour le dynamisme de la vie de quartier! Tout ça alors que les commerçants du Plateau multiplient les publicités négatives pour leur propre quartier, déplorant ou dénonçant mensuellement une nouvelle calamité s’abattant sur leurs rues commerciales… Rien de très invitant, à l’heure où la concurrence des autres artères commerciales de la ville monte en flèche!

Il y a quelques jours, Urbania lançait un pavé dans la mare de leurs larmes:

Autrefois, sur l’avenue Mont-Royal, il y avait des commerces originaux, des vieilles boutiques, des tavernes d’habitués, des petits cafés vraiment bohèmes, des vitrines remplies de poésie, des bouquinistes avant l’ère d’Internet, des bric à brac,… Aujourd’hui, on y trouve les mêmes vitrines que dans n’importe quel centre d’achat. Je caricature à peine. Ne venez pas me dire que le stationnement, le déneigement ou le maire y sont pour quelque chose.

Déjà, il y a deux ans, Les Affaires publiait Les artères commerciales montréalaises en arrachent, un portrait où on déplorait et dénonçait, en se basant sur l’argument de la concurrence de la banlieue… Mais le texte ne parlait pratiquement que de Sainte-Catherine, Saint-Laurent et Saint-Denis. L’ancienne Sainte Trinité de notre vie commerciale périclite elle? Peut-être, mais c’est que dans le Panthéon du plaisir, elles ne sont plus les seules artères à nous faire de l’œil…

Séduire le voisinage

C’est drôle, mais j’aurais tendance à poser la question différemment. Pourquoi les artères commerciales locales deviennent-elles si intéressantes depuis un an? Pourquoi des amis de Rosemont viennent-ils dans Hochelaga prendre un verre, qu’un couple d’Hochelaga pense partir à la découverte de Fleury, dans Ahuntsic, et que des Verdunois attendent avec impatience l’ouverture du premier bar sur Wellington? Les Montréalais seraient-ils en train de redécouvrir leur quartier? Les entrepreneurs montréalais auraient-ils décidé d’animer leur quartier?

La nouveauté, elle s’épanouit depuis un an dans tous les quartiers de Montréal, aux quatre coins de la ville, nous invitant à la parcourir pour voir ce qu’ils ont à offrir de différent. À voir tous ces nouveaux commerces bien vivants, bien pleins, bien fiers de leur quartier, je me dis qu’elle est là l’effervescence. Avec le printemps et la période des déménagements, les Montréalais découvriront en masse ces nouveaux venus au coin de chez eux, de chez leurs amis. Et pendant que tous ces nouveaux offrent une vie de quartier agréable, différente et qu’ils surfent sur la vague en s’identifiant bien fort « brasseurs de quartier » ou « bistro de quartier », les artères du centre, plutôt que de se démarquer et d’innover, déplorent ou dénoncent…

Il n’y a donc peut-être pas que la clientèle de banlieue qui déserte le centre-ville et le Plateau, comme le laisse sous-entendre le texte d’Urbania… Qu’offre aujourd’hui la rue Mont-Royal que ne nous offre pas une autre artère commerciale locale? Quelle est la couleur particulière, l’originalité, l’attrait qui mérite qu’on se déplace pour aller sur la rue Mont-Royal?

J’y étais cette fin de semaine et l’animation battait quand même son plein, les trottoirs étaient bondés… Si la rue est malade, elle est quand même loin d’être mourante, c’est sûr. Alors, pourquoi ne pas changer de ton et se joindre au concert de la nouveauté, de la fierté d’être une rue de quartier? On dit que le Plateau est le quartier le plus dense du Canada, alors, des clients, il y en a…

Du pain sur la planche

Depuis plusieurs années, la Plaza Saint-Hubert a réussi sa renaissance sans faire de bruit. De rue des mariages, elle est devenue une artère riche de propositions pour ses voisins. Déjà il y a deux ans, j’écrivais Ma surprenante Plaza. Et depuis, l’offre s’est encore enrichie. Alors même si je ne suis plus voisin, j’y sors encore occasionnellement, pour profiter de sa marquise et de son effervescence tranquille.

Les rues du centre peuvent aussi se repositionner et prendre exemple. Mais elles devront maintenant composer avec des concurrentes aux quatre coins de la Ville, qui misent sur la simplicité, la proximité, la diversité et l’originalité pour attirer leurs voisins. Elles le font efficacement, sans fla-fla, sans se prendre pour une autre, en affirmant plutôt leur appartenance à un quartier. C’est, j’en suis sûr, les raisons de leurs succès. C’est, j’en suis sûr, la recette qui permettra aux rues du centre de se refaire une place dans le nouveau paysage de la ville.

Innover, rêver la ville

Au moment où la vie de quartier prend le pas sur l’attractivité du centre-ville, il serait aussi temps qu’on rêve l’avenir de certains secteurs. La piétonnisation du Village est une des innovations récentes qui mérite notre admiration. Piétonniser une si grande portion de rue, y multiplier les terrasses et oser l’oeuvre "Boules Roses" de Claude Cormier depuis trois ans, multipliant la visibilité internationale du Village du même coup… Il fallait de la vision, de l’audace.

Récemment, je proposais une transposition du modèle de Camden Lock (Londres) à Montréal dans Un quartier électrique pour les Foufounes. Il y a là, pour moi c’est évident, un futur pôle à créer qui pourrait tirer efficacement son épingle du jeu et permettre de revitaliser tout un secteur de la rue Sainte-Catherine. En misant sur ce qui fait son originalité…

De la même façon, Marc Carignan proposait dans son blogue une réflexion sur l’avenir du Quartier Chinois, qui lui aussi a du potentiel, si on prend seulement le temps de s’y attarder… Ainsi, il écrit dans Le SOS du Quartier Chinois, la suite :

Pour le reste, nous avons très peu de raisons de s’y déplacer au quotidien. Il n’y a pratiquement pas de terrasses pour inciter les « happy hour », de places publiques animées pour les familles et de cafés pour étudier. La santé économique du secteur peut reposer en partie sur son cachet historique et touristique, certes, mais il ne faudrait pas négliger les Montréalais pour autant.

C’est peut-être aussi le défi des artères commerciales du centre: "ne pas négliger les Montréalais"…

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Pour en savoir plus sur ce qui bouge dans les quartiers montréalais, passez lire mes Palmarès.

Publié par : cbernier | 3 mars 2013

Les lignes de désir du CP

J’ai vécu 15 ans à côté de la voie du Canadian Pacific, dans Rosemont. J’ai traversé pendant 15 ans la voie ferrée, un obstacle anachronique qui me séparait du magnifique Parc Laurier, de la rue commerciale du même nom et du supermarché le plus proche. Illégalement, selon le CP.

L’an dernier, Rima Elkouri publiait un très bon texte sur l’expérience d’une jeune mère de famille

coupable de vouloir passer d’un quartier à l’autre sans souffrir un long détour par des viaducs sales et dangereux. Pour «avoir pénétré sans excuse légitime sur l’emprise d’une ligne de chemin de fer», Sara s’est donc vu remettre une contravention de 144$. «Si vous n’êtes pas d’accord, vous pouvez contester», lui a dit l’agent… Convaincue qu’il est plus illégitime d’ériger pareil mur en plein coeur d’une ville que de le franchir, Sara s’est dit qu’elle devait dénoncer une situation aussi absurde… «Je comprends qu’il y a des contestations, mais je ne fais qu’appliquer la loi», lui a finalement dit le juge en la déclarant «coupable».

La source du litige? Les lignes de désir! Dans un excellent texte publié par la revue Nouveau Projet, on les définit ainsi :

Tracés intuitifs laissés dans la pelouse, la terre ou la neige par des piétons qui préfèrent ne pas emprunter les espaces formels, les lignes de désir signalent un besoin du marcheur urbain non comblé par les urbanistes.

On peut remarquer de telles lignes dans les terrains vagues et les parcs montréalais… Et sur la voie ferrée, en observant les nombreux tronçons de clôture coupés de part et d’autre. En 15 ans, j’ai vu le CP les réparer bon nombre de fois et toujours, toujours, les trous refaisaient leurs apparitions en moins d’une semaine. Ce sont donc des centaines de piétons qui bravent l’interdit, tous les jours, depuis des années, pour suivre le chemin le plus court…

Pourquoi? Pour aller plus vite, pour être en terrain plat lors des soubresauts de la météo, par sentiment de sécurité accru face aux rares tunnels sombres et isolés, parce que, y ayant habité 15 ans, je savais que les trains n’y passaient pas très souvent et qu’ils roulaient très lentement. C’est drôle que pour permettre à des milliers de Montréalais vivant dans des quartiers densément peuplés, le CP s’acharne à maintenir ses barrières, alors qu’ailleurs à Montréal (le Vieux-Port), au Québec (par exemple au centre de Drummondville) et ailleurs dans le monde, on laisse sans difficulté les piétons circuler sur les voies ferrées.

Quelqu’un a pensé envoyer à la haute direction du CP le livre Pour des villes à échelle humaine? ;)

Les élus ont franchi la ligne

Ce dossier traîne depuis 20 ans, mais cette semaine, les élus montréalais ont montré leur détermination à régler le problème. Ils se sont alliés, tous partis confondus, pour réclamer des autorités fédérales (dont relèvent les chemins de fer), un règlement du litige et l’ouverture de 6 passages à niveau pour les piétons :

• Rues Cartier / Dandurand (près de Papineau)
• Avenue Henri-Julien / rue des Carrières (près de St-Denis)
• Rues St-Dominique / Bernard (près de St-Laurent)
• Avenue De l’Épée / futur Campus Outremont
• Gare Parc (raccordement des rues Ogilvy et De Castelnau)
• Gare Bois-de-Boulogne

Les élus se sont impliqués dans ce dossier depuis longtemps, mais la nouvelle alliance, la voix commune qu’elle porte, est une nouvelle étape qui permettra, je l’espère, de désenclaver ces bouts de quartiers voisins, mais qui ne peuvent pas se rendre visite… Et vu mes 15 ans d’expérience, j’oserais proposer aux élus d’ajouter un 7e passage :

• Rues Boyer / Mentana (près de Christophe-Colomb)

Ce qui permettrait de relier le Parc Des Carrières au Parc Laurier et les citoyens du Plateau à l’Éco-centre Rosemont-La-Petite-Patrie. Ce n’est quand même pas négligeable! Je sais qu’il y a un viaduc, mais tout piéton qui l’a emprunté en plein hiver (où un jour de grande pluie) sera d’accord avec moi, c’est nécessaire!

Une diagonale dans la ville

L’ouverture de tels passages pourrait avoir un autre effet intéressant. Le long de cette voie ferrée, de la rue Clark à la rue Masson, existe un sentier multifonctionnel (piétons et cyclistes) fantastique. Pendant trois ans, je l’ai longé tous les jours pour aller travailler et c’était chaque fois une expérience unique. Au printemps de 2004, j’avais fait l’exercice de compter le nombre d’espèces de fleurs sauvages différentes qui y poussaient librement. J’en avais compté, un seul matin, 25 espèces! Évidemment, à part les trèfles (blanc et rouge), le bouton d’or, le pissenlit et la marguerite, je n’avais aucune idée du nom des autres. Pour 2005, j’ai acheté un livre sur les fleurs sauvages du Québec! J’ai ainsi appris à connaître les asters, les spirées, les achillées, les épervières, les érigérons… Une très surprenante biodiversité sauvage en plein cœur de la ville.

En plein cœur de la ville, enserré dans ce que l’urbanisation n’a pas encore dévoré, on s’y trouve en même temps dans un vieux corridor industriel, dans ce qui semble être l’envers de la ville. Les édifices nous rappellent le passé laborieux des quartiers et en prime, on y roule parfois à vélo avec un train de marchandises pour nous accompagner… Du sol et de ses fleurs, on peut aussi y découvrir les murs et leur histoire. Fascinante piste multifonctionnelle! Méconnue aussi.

Cette piste est, de plus, un raccourci efficace pour passer de la Petite-Italie à la rue Masson, de Rosemont à Hochelaga. En effet, du métro Rosemont au métro Préfontaine, il faut prévoir 30 minutes en transport en commun (métro comme autobus). Avec la piste multifonctionnelle, à vélo ou en bixi, c’est 15 minutes. De quoi préférer faire un peu d’exercice pour profiter de la ville!

Parenthèse: Le projet initial -le Réseau Vert- ayant mené à la construction de cette piste de 3km était plus ambitieux. On voulait relier le Parc Jarry à la rue Rachel en longeant le chemin de fer et à terme, poursuivre cette piste jusqu’au fleuve au sud et jusqu’à la Rivière-des-Prairies au nord, ce qui aurait permis de traverser la ville en diagonale sur 15km

Un potentiel exponentiel

Il y a donc tant à faire de cet espace qui délimite la ville! Un potentiel renforcé continuellement par le développement des quartiers qui longent la voie ferrée. En s’ouvrant de part et d’autre, le chemin de fer mettrait en évidence toute l’importance de sa piste multifonctionnelle pour la qualité de vie des Montréalais. On pourrait alors réfléchir aux possibilités d’aménagement pour mettre en valeur sa biodiversité, rendue -entre autres- possible par le train (permettant aux graines des plantes de voyager). On pourrait rappeler l’histoire de ses quartiers. On pourrait exploiter tout son potentiel récréotouristique. On pourrait encourager les citoyens à s’impliquer, comme ils le font déjà à travers certaines initiatives, dont les Amis du Champ des Possibles et le Jardin du Crépuscule (vous pouvez lire cette inspirante entrevue du Devoir avec l’artiste qui produit les sculptures du Jardin). On pourrait, enfin, désirer profiter de cette ligne en la longeant ou en la traversant, plus souvent.

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